UNE HISTOIRE….systémique.

Le FMI et notre “vulnérabilité” budgétaire

Par : Mustapha Hammouche

“L’orientation budgétaire expansionniste de ces dernières années a cependant rendu la situation budgétaire vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole”, nous prévient le FMI.
Mais a-t-on besoin de mettre en garde un État dont la fiscalité ordinaire ne suffit même pas à payer les salaires de ses fonctionnaires ? Cette obstination antiéconomique n’est pas le fait d’une mauvaise appréciation stratégique, mais celle d’une option pour un encadrement rentier de la société. Personne ne peut prospérer ni s’enrichir s’il ne concourt à la pérennité de ce système qui, à son tour, choisit les individus et les catégories qu’il veut promouvoir. Les concepteurs, les gestionnaires et les bénéficiaires de ce système, qui pour partie se confondent, ont bien conscience que la ressource pétrolière n’est pas renouvelable. Ils sont donc dans une démarche opportuniste d’accumulation privative et primitive.
Pour légaliser l’enrichissement sélectif des clans et coteries, le pouvoir a inventé des agréments, licences et procédures accessibles à ses membres et alliés. Il maintient un système bancaire qui fonctionne à l’injonction politique et entretient une bureaucratie qui joue le rôle de vanne qui ouvre et ferme les voies procédurales en fonction des relations politiques de l’intéressé. Le pouvoir de cession arbitraire du patrimoine foncier et immobilier et d’effacement de la dette complète le dispositif d’allocation autoritaire des ressources.
Outre cet arsenal d’instruments légaux, des voies illicites tolérées pour ceux trop puissants et trop pressés pour attendre de donner une couverture légale à leur enrichissement abusif. Même quand le scandale éclate, ceux-là restent hors de portée d’une justice politiquement dépendante. La corruption et le détournement, loin d’être d’accidentels fléaux, sont partie constitutive de notre mode de répartition de la rente.
Le principe, dans ce système, est que la société ne puisse pas produire ses élites et que le système décide seul de ceux qui méritent la réussite et la consécration. En politique, la cooptation, la fraude et la médiocratie s’en chargent. Dans les domaines intellectuel, scientifique et culturel, l’étouffement bureaucratique s’en occupe, dans le domaine culturel, la corruption budgétaire s’y emploie…  En économie, c’est la guerre à l’initiative, l’encerclement réglementaire, la pression autoritaire, l’assèchement financier et foncier remplissent ce rôle. Cet enrichissement ne comporte — comble de gâchis — aucun élément de développement : les fortunes accumulées s’orientent vers des placements dans des actifs rapidement réalisables (foncier, immobilier), des activités de spéculation (import, commerce, industries peu capitalistiques) ou des investissements et comptes à l’étranger. Les clients du système sont, en effet, dans une posture patrimoniale d’abandon du navire quand surviendra le naufrage qu’ils rendent inéluctable.
Le FMI nous met en garde contre une vulnérabilité qu’il présente comme conjoncturelle alors qu’elle est plus que structurelle, systémique. Or, en Algérie, il n’y a finalement pas une économie, à proprement parler ; il y a un système d’enrichissement individuel et clanique qui finance ses souscripteurs et sa survie par une ressource non renouvelable, un système qui vivra le temps que vivent les rentes. Après moi, le déluge.

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