PETITES HISTOIRES …de l’Islam

Adel   le 20/10/2o11

Je crois que toutes les religions que nous connaissons aujourd’hui essaient de répondre à une question qui hante l’humanité depuis toujours, celle du MAL. Pourquoi y-a-t-il des catastrophes, des guerres, des crimes de toutes sortes, la souffrance, le malheur, etc. ? Comment y remédier? Chaque religion développe une explication du mal et préconise une (ou des) attitude(s) à adopter face à lui. Cela va du fatalisme et du renoncement à la vie (Bouddhisme, mais aussi certaines tendances mystiques du christianisme et de l’islam) à l’action réformatrice au sein de la société. Pour les religions monothéistes, bien que voulu par Dieu (créateur de toute chose), le mal est l’œuvre de Satan. Cela soulève l’épineuse question de la prédestination et de la responsabilité de l’être humain, donc, par ricochet, celle de la Justice divine (l’homme sera, en effet, jugé pour ses actes après sa mort).

J’ai lu le livre « Who Wrote the Bible? » de Richard Elliott Friedman et je l’ai trouvé passionnant. A quand un travail similaire sur l’histoire de l’islam? Je dis bien l’islam et non pas le Coran, car il est en effet admis par tous aujourd’hui que le Coran a été fidèlement retranscrit (bien qu’il y ait quelques divergences mineures introduites par les chiites concernant Ali). L’histoire qui nous a été transmise par la Tradition concernant la vie du Prophète (saaws) et ses dires, ainsi que celle des événements que connut la communauté musulmane de Médine à ses débuts, sont elles à l’abri de toute critique?

Le livre du marocain Mohammed Abed Al-Jabri, « La raison politique en islam hier et aujourd’hui » (première édition en arabe parue en 1990, traduction française parue en 2007), a le mérite d’ouvrir de nouvelles voies dans la lecture de cette histoire, en faisant une analyse basée sur les méthodes des sciences humaines modernes. L’auteur met en évidence trois facteurs déterminants qui ont été à l’œuvre dans la Péninsule Arabique à l’époque du Prophète et qui ont continué d’agir, après sa mort, dans la société islamique. Ces trois facteurs sont la tribu, le butin et le dogme. Le comportement de chacun des acteurs majeurs de l’épopée qui a commencé avec la prédication de Mohammed (saaws) à la Mecque a été déterminé à un degré plus ou moins fort par ces facteurs.

L’auteur analyse ainsi les faits historiques qui se sont déroulés après la mort du Prophète (saaws) à savoir, l’Apostasie de certaines tribus, la révolte contre Uthmân et son assassinat, la Grande Discorde (bataille du Chameau menée par Ali contre Aïcha, Talha et Zubayr, bataille de Siffin contre Muaawiya, assassinat d’Ali par les kharijites) en essayant de mettre en évidence l’effet de ces trois facteurs. Il nous apprend que l’Apostasie des tribus du Yémen et de l’Est de la Péninsule est liée à la rivalité qui a toujours existé entre ces tribus et Quraysh (il y avait une sorte de kaaba rivale de celle de la Mecque au Yémen et de nombreux prophètes ont aussi essayé de concurrencer Muhammad (saaws) – sans grand succès –, voyant en lui d’abord un prophète de Quraysh, la tribu rivale).

Le butin – fruit de la conquête –, qui commença à se déverser en grandes quantités à Médine sous le califat de Umar, modifia considérablement la donne. Ainsi le Calife dut faire établir un registre des pensions (3ata’) basé sur la proximité de l’individu au Prophète (saaws) et sur la précellence (ancienneté) en islam. Le résultat en fut que, très rapidement, se constitua une classe de nouveaux riches – l’État de Médine était un État rentier, ne l’oublions pas – et les problèmes commencèrent. Le dogme, dont l’effet avait été dominant du temps du Prophète, s’en trouva affaibli. En effet, certains compagnons du Prophète (saaws), du fait de leur appartenance aux clans nobles dont était issu Muhammad (saaws) et du fait de leur ancienneté dans l’islam, devinrent très riches. Les compagnons du Prophète (saaws) promis au Paradis, en particulier les six notables constituant le Conseil désigné (ahl ash-shura), laissèrent à leur mort des fortunes colossales. Abderrahman b. Aouf, promis au Paradis et membre du Conseil désigné par Umar était – à l’instar de la plupart des muhajirun – entièrement démuni lorsqu’il avait émigré à Médine. A sa mort, on évalua ses biens à quelques 300 000 dinars en plus d’une vaste demeure à Médine. De même, Amr b. al As laissera 325 000 dinars et 1000 dirhams (1 dinar = 10 à 12 dirhams; Abu Bakr recevait entre 1200 et 6000 dirhams par an, quand la rente était encore limitée) ainsi qu’une rente en Égypte évaluée à 200 000 dinars par an et une vaste demeure d’une valeur de 10 000 dirhams. Quant à Uthman lui-même, on trouvera chez son trésorier un peu plus de 30 millions de dirhams et 150 000 dinars. Il légua également 1000 chameaux, des dons pieux de quelques 100 000 dinars, de nombreuses bêtes, ainsi que sept demeures à Médine.

On est donc bien loin de l’image des premiers compagnons dont la vie était entièrement dédiée à la dévotion et à la propagation de la nouvelle foi. C’étaient des êtres de chair et de sang qui aimaient l’argent et avaient accumulé des richesses impressionnantes.

Al-Jabri nous dit que « la révolte qui éclata contre Uthman était cependant ambivalente : dans les provinces, on s’élevait contre la tribu de Quraysh tout entière; dans la Métropole, c’était plutôt contre le clan des Umayya […]. La tribu de Quraysh voyait se liguer contre elle tous les Arabes appauvris, tenaillés par la faim et le besoin, tellement le fossé s’était creusé entre nantis et nécessiteux. »

La tribu et le butin ont donc joué un rôle déterminant après la mort du Prophète. Il y avait beaucoup de mécontents : d’abord tous les compagnons humbles n’ayant aucune ascendance tribale noble – certains étant d’anciens esclaves – et qui étaient scandalisés par l’enrichissement rapide des Qurayshites, en particulier les Banu Hâshim et Banu Umayya, ensuite toutes les tribus rivales de Quraysh. Tout ce monde se rangea donc dans le camp de ceux qui se révoltèrent contre Uthman – Zubayr et Talha étant probablement les instigateurs, par rivalité aussi – et qui finirent par l’assassiner. Ils se rangèrent aussi derrière Ali. Ce dernier était l’un des seuls nobles Qurayshites et proches du Prophètes à mépriser l’argent et à mettre en avant le dogme, bien qu’il ait été mû par le facteur tribal dès l’investiture d’Abu Bakr.

La victoire de Muaawiya et sa mainmise sur le pouvoir fut en fait la victoire définitive de la tribu sur le dogme pur. Plus tard, « les oulama sunnites ont cherché à tout prix à prouver la légitimité du règne instauré par Muaawiya, alors même qu’ils étaient unanimes à affirmer que son règne constituait une déviation par rapport aux principes du Califat adoptés par les Califes rashidites. Dans leur esprit, le règne de Muaawiya se présentait avant tout sous les traits de l’alternative salutaire, ayant mis un terme à la Discorde (fitna) qui, née durant les dernières années du Califat de Uthman, avait aussitôt dégénéré en une guerre civile sanglante et impitoyable, opposant Ali à Talha et Zubayr, puis à Muaawiya, et menaçant l’existence même de l’islam et de l’État qu’il venait d’édifier. »

Voilà un livre que tous les intellectuels musulmans devraient lire afin de faire émerger une réelle vision critique et réaliste de l’histoire de l’islam, seule à même de nous libérer de tous les mythes laborieusement construits depuis des siècles pour des raisons politiques et qui n’ont rien à voir avec l’esprit originel bien compris du message coranique.

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