ON SE CAL(m)E

Pourquoi l’al-qaedisation de la Kabylie?

Par Radjef Said

 

 

Par les attentats quotidiens qui secouent en ces fêtes de fin d’année la Kabylie, nous avons l’impression que la junte algérienne et ses medias tentent de créer un climat de psychose. En effet, rien qu’au cours de ces deux dernières semaines, plus d’une dizaine d’attentats tout aussi meurtriers les uns que les autres ont été enregistrés à travers les quatre coins du Djurdjura. De l’affaire d’Azzazga qui a failli entraîner toute la région dans une spirale infernale aux multiples attentats dont ont été le théâtre ces derniers jours la Kabylie maritime, la haute Kabylie et la vallée du Djurdjura, on relève une stratégie qui vise a justifier le renforcement des troupes de l’ANP dans la région qui donne déjà l’impression d’être une caserne à ciel ouvert. Chaque village au Djurdjura est quadrillé par un impressionnant dispositif de sécurité, si bien que dans certaines bourgades on compte plus de militaires que de citoyens. Ce climat de tensions intervient alors que des révélations faites par des terroristes, à l’instar de celles livrées par Karmous  qui opère dans les maquis de Maâtkas, Mechtras et Beni Douala, lèvent un peu plus le voile sur la stratégie du régime qui cherche a hypnotiser par la terreur la région et la faire basculer par la peur dans la thèse de la menace islamiste d’al-qaeda contre la démocratie et la république. Mais cela n’empêche pas la Kabylie de s’interroger. Tout récemment encore, lors d’une fête de mariage dans la vallée du Djurdjura, c’est le témoignage  livré par une vieille femme sur la reddition empêchée de son fils déjà au maquis depuis de nombreuses années,qui intrigue ici les consciences. « Mon fils veut se rendre aux autorités. Toute la famille l’a encouragé pour déposer les armes, mais la gendarmerie et les militaires l’en ont empêché », a-t-elle confié aux autres femmes. Et d’ajouter : « On ne comprend plus rien à notre Etat ; d’un côté on nous parle de réconciliation, de l’autre on pousse nos enfants à la délinquance, à la débauche, au maquis et à la violence ».

Toutes celles et tous ceux qui usent de leur responsabilité morale et citoyenne pour restaurer l’ordre intellectuel et politique, sont perçus par le régime militaire en place depuis plus de soixante ans, comme une menace réelle à sa pérennité.Toutes celles et tous ceux qui refusent de renoncer à leurs responsabilités citoyennes, de faire preuve de complaisance et d’être des consommateurs automates, domptés, disciplinés et convenablement structurés dans un système gangrené par les inégalités, l’ignorance, la violence et la corruption qui ne profite qu’à la seule caste de l’ANP, sont qualifiés comme hors la loi.

Or la Kabylie, indépendamment de ses spécificités locales,qui en vérité ne différent en rien de celles des autres régions du pays et du Maghreb, reste une région rebelle qui échappe à toutes les tutelles politiques presentes sur la scène nationale. Hormis le charismatique Messali Hadj et à un degré moindre Hocine Ait Ahmed, personne n’est arrivé à la courtiser et à gagner ses faveurs. Avec ses « bataillons d’électrons libres », elle demeure une région à haut risque pour la pérennité du régime militaire d’Alger. Sans syndicats, sans partis politiques et sans journaux, elle a déjoué instinctivement tous les complots visant à la démembrer et à la déstructurer culturellement et socialement, à la domestiquer et à la faire rentrer dans les rangs de l’union sacrée à laquelle président la haute finance internationale et la grosse industrie militaire qui ont transformé l’Algérie en studio hollywoodien pour les besoins d’une certaine propagande sioniste et macabre. « Cela prouve que nos dirigeants n’ont jamais lu « La Terre et le Sang » de Mouloud Féraoun », ironise un enseignant en journalisme à l’université de Tamda.

Pour ainsi dire, autant la Kabylie échappe au contrôle de la junte, autant elle constitue un élément fort dans la construction d’une conscience politique nationale et maghrébine à la hauteur des aspirations des peuples algérien et maghrébin. Ce n’est donc pas pour une histoire « d’identité spécifique » que le pouvoir en veut terriblement à la Kabylie, comme tentent de nous le faire croire les séparatistes du Mak. Mais la Kabylie est ciblée quotidiennement dans ses aspects les plus intimes en raison de sa grandeur nationale, en raison de son attachement indéfectible aux valeurs universelles, en raison de ses constantes qui ont fait la gloire de la résistance algérienne et du mouvement nationaliste et surtout en raison en raison de ses traditions de militantisme pur et dur.

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