Petite histoire d’un 5 juillet.

5 JUILLET : la régression pédante

Écrit par Rachid Bali

Il fut triste et, pour dire vrai, ridicule, ce cinquantenaire.
Tout responsable politique peut commettre des erreurs, tout projet, si bien conçu soit-il, peut se traduire par une contre-performance. Un imprévu, des conditions extérieures défavorables risquent à tout instant de contrarier un programme. L’échec algérien n’est dû ni à la surprise ni au manque de moyens. La régression nationale est une méthode et un objectif. Cette conception involutive de l’exercice du pouvoir est d’autant plus préjudiciable que le système se plait à en nier l’impopularité,  maquiller les travers pour, ensuite, la revendiquer et mieux la perpétuer.

Le problème n’est pas d’avoir dissout un capital symbolique exceptionnel ni d’avoir dilapidé des ressources humaines et naturelles dont peu d’anciennes colonies pouvaient se prévaloir. Non, en Algérie, le problème est dans ce refus ou cette incapacité à faire un bilan avec lucidité et rigueur. Du coup, les mêmes fautes se reproduisent en toute impunité depuis un demi-siècle.  Les voix qui se sont élevées à mille et une reprises pour avertir, supplier, alerter ou dénoncer des politiques qui ont coûté si cher financièrement et condamné, chaque fois un peu plus, les chances du pays sont ignorées ou stipendiées. On n’interpelle pas le divin. Et, en Algérie, on ne change pas un système qui échoue. Lire la suite

IL Y A TOUJOURS UN ANGLE DE VUE.

L’«intégriste» et le «sauveur»

Adel HERIK

Ce sont deux Algériens.

Le père du premier fut un militant nationaliste de la première heure, au sein de l’UDMA, qui rejoignit la lutte armée deux mois après la déclaration du 1er novembre 1954 et fut arrêté et emprisonné par l’administration coloniale en 1957. Son grand-père paternel fut l’un des premiers instituteurs« indigènes». Deux de ses oncles paternels furent de brillants intellectuels. Lui-même fut reçu au baccalauréat avec la mention «Très bien» et, obtint, après de brillantes études supérieures, un Ph. D en physique dans la plus prestigieuse université de sciences et technologie des États-Unis d’Amérique, le fameux MIT. En tant que chercheur de haut niveau, il n’eut toujours que son seul salaire pour subvenir aux besoins de sa famille.

Le père du second était caporal dans l’armée française. Lui-même s’engagea dans ladite armée en 1955, c’est-à-dire en pleine guerre de libération nationale, pour suivre une formation de sous-officier en France. Il «désertera» en 1957 pour rejoindre les rangs de l’ALN en Tunisie où il restera jusqu’à l’indépendance. Ses seuls faits d’armes eurent lieu dans son pays, en octobre 1988 et en 1992-93. Il fit tirer à balles réelles sur la jeunesse révoltée par l’injustice et la hogra et autorisa la torture et les enlèvements (500 morts et des milliers de blessés). Devenu «général» et ministre de la Défense Nationale, il mena le coup d’État qui mit fin au processus électoral de décembre 1991 et couvrit encore une fois la torture, la déportation et l’exécution sommaire de dizaines de milliers d’opposants.

L’Algérie officielle a condamné le premier à 20 ans de prison par contumace, parce qu’il avait choisi de rejoindre le FIS en 1992 et de s’opposer au coup d’État. Pour elle, ce brillant chercheur de haut niveau est un dangereux «intégriste» qui veut «talibaniser» l’Algérie et ramener la société algérienne au moyen âge. Lire la suite

Conjuration algérienne

 La société traditionnelle algérienne, en temps de crises dont elle est d’ailleurs la principale cause car fondamentalement négationniste de toute tentative d’édification d’une société de citoyens, ne cesse d’exciter l’instinct primitif d’un individualisme familial asocial que seule la satisfaction matérielle, encouragée par la complicité d’un gouvernement tribal, peut calmer son insatiable appétit animal . Les signes ostentatoires d’une richesse qu’elle acquière impunément par l’informel du souk en sont un parfait exemple. Ses moyens sont : fraude, pots de vin, passes droits, corruptions diverses et, donc, la propension quasi innée à contourner la légalité par l’irrespect caractériel de toutes les lois. La culture, le savoir, l’aspiration citoyenne à un progrès social collectif…s’y trouvent, ainsi, complètement humiliés. Tout individu dans le besoin, aussi prioritaire et compétent soit-il, s’il ne se réclame  pas d’un réseau relationnel traditionnel, n’a aucune chance d’accéder à son droit le plus élémentaire. L’association des enfants de Chouhada, et bientôt celle de leurs petits fils, qui saisit l‘opportunité de la légitimité révolutionnaire, toutes les associations à caractère sportif, culturel et même assez souvent politique , portent toutes des revendications opportunistes matérielles que seule la précipitation de nos potentats à leur satisfaction dans leur insatiable assouvissement peut expliquer la puissance et l’ampleur de la main mise de la société traditionnelle musulmane sur des institutions sensées représenter de « nobles » missions citoyennes modernes. La participation « des lièvres » aux dernières élections présidentielles témoigne, on ne peut plus clairement, de cette disponibilité traditionnelle dont la fin, la récolte de quelques dividendes, justifie tous les moyens, trahison délibérée de la promesse démocratique à l‘aspiration à l‘édification de la société de citoyens.

A propos du sacré et de la trahison, justement, Un écrivain algérien témoigne en disant que « tout individu énonçant l’expression populaire traditionnelle, assez répondue, « Inchaa allah » , cache le plus souvent l’intention de trahir . « Allah ghaleb » est énoncé pour faire l’impasse et faire oublier un réflexe déconcertant à la trahison. « Mektoub » cristallise toute l’inertie intellectuelle en inhibant toute la réflexion à la recherche de solutions profanes, mais pragmatiques, aux problèmes dont il est responsable et qu’il ne cesse de cumuler ; c’est une soumission naturelle à l’impuissance. « Inaal Chétane » est également assez souvent sollicité pour noyer une culpabilité individuelle dans les arcane impénétrables du Satan que l’on tient pour seul et unique responsable de fautes personnelles pourtant avérées. La responsabilité devient, de ce fait, un concept abstrait, quasi divinisé, intouchable , dans laquelle fuient, en se diluant impunément, tous les actes à l’origine de nos malheurs. Exemple : après les inondations criminelles de Bab El Oued, et après les habituels longs silences criminels du président, le potentat sort subitement de son mutisme et en de us ex machina console : « Allah ghaleb, mektoub rabi sobhanou ». Une explication politique typiquement algérienne ayant pour seul but de dédouaner son ex ministre de l’intérieur MALGache de sa responsabilité criminelle pleine et entière, lequel n’a rien trouvé de mieux, dans le cadre de sa lutte anti terroriste en under-ground, que de murer tous les caniveaux des hauteurs d’Alger ; une négligence fatale à l’origine d’une déferlante torrentielle causant la mort de centaines d’innocents et une désolation apocalyptique d‘Alger la blanche !

La même manipulation politique du sacré est également avancée par le même nain, pour apaiser les tensions populaires nées de l’intervention bureaucratique, lente et nonchalante de l’État après le tremblement de terre de Boumerdes. Tout le monde sait aujourd’hui, après expertise des cabinets d’architectes de renommée, que des immeubles d’architecture française, construits à l’époque coloniale, au début du siècle même pour certains, n’ont été traversés d’aucun dommage, pas même une fissure, alors que d’autres, pourtant très récents, s’écroulèrent comme des châteaux de sable ! Il est tout à fait claire que tout approche superstitieuse d’un phénomène naturel et même politique, si elle lui permet de reporter pour encore quelque temps l’échéance de son déclin, elle contribue néanmoins à maintenir et à encourager davantage la fraude sous toutes ses formes, même du fer à béton irradié. Il va sans dire, en outre, que de tels discours irrationnels, infiniment ruminés, n’ont d’effets que parce qu’ils trouvent ancrage dans une société traditionnelle que la superstition, à l’origine de sa défaillance morale, tient dans un déphasage séculaire inquiétant. Un déphasage interprétant un simple phénomène tectonique naturel par la malédiction, une réponse punitive divine à la dépravation sociale des habitants de Boumerdes ! A noter, par ailleurs, que plus les calamités naturelles redoublent d‘intensité dans leurs apparitions cycliques, plus les mosquées se remplissent de fidèles. Un penseur algérien a dit : « La défaillance sociale et intellectuelle n’est rien devant le déclin moral de notre société. » En Kabylie, à la veille des dernières élections présidentielles, Bouteflika, parlant des événements de Kabylie, dit ceci : « Jusqu’à aujourd’hui, j’ignore totalement ce qui s’était passé en Kabylie ». On est toujours dans les mystères de Dieu !!!

par  Preuve le 08-11-2011

DANS LE TARD….nos tares.

L’ ENTV ou le complexe refoulé de la langue


 

A qui s’adresse la télévision algérienne ? C’est la question que seraient tentés de poser ses téléspectateurs tant les dialogues des feuilletons paraissent insipides et indigestes, n’ayant aucun lien avec la langue utilisée par le peuple.

Les émissions télévisées ne sont guère plus attrayantes. Les invités sont forcés de parler dans un arabe rigide, ce qui donne une allure orwellienne à la télévision algérienne. Que dire du journal télévisé dans lequel on préfère parler de «aids» plutôt que de «sida», alors que ce dernier est plus connu par les Algériens ?
Un spécialiste algérien de la publicité nous explique à quel point il est difficile pour les publicitaires de trouver des slogans qui correspondent à la langue que parlent les Algériens. «Nous n’avons pas une langue standardisée. Du coup, l’on se retrouve à utiliser une langue consensuelle, des message d’écoliers utilisant des phrases toutes simples. Parfois, on importe une langue moyen-orientale. Très souvent, les multinationales ne comprennent pas cela», souligne-t-il, précisant que «la crise de la langue» est un frein au marché de la pub.

Dans les autres chaînes satellitaires arabes ou maghrébines, il n’y a pas ce rapport complexé à la langue. Les feuilletons turcs et les telenovelas mexicaines sont ainsi doublés dans la darija marocaine. Et cela fait fort longtemps que les Egyptiens tournent leurs feuilletons dans leur langue populaire ; leur succès est tel que lorsque les Algériens tentent de se faire comprendre par les Arabes, ils se mettent à parler… égyptien.

Amel Blidi