Le vrai malentendu algérien :

Comment réconcilier les Algériens avec leur histoire

 » Il a été décidé qu’on reparlerait, dès les petites classes, d’éducation civique, d’honnêteté, de courage, de refus du racisme et d’amour de la République. Il est dommage que l’école ne soit fréquentée que par les enfants.  »

André Frossard

Mon attention a été attirée à la lecture d’El Watan par deux articles qui, en apparence, sont disjoints mais qui, en fait, se rejoignent. Il s’agit de la déclaration faite à l’Assemblée nationale française à l’occasion de Yennayer, le 12 janvier. Déclaration dans laquelle le président du MAK aurait dit que la guerre d’indépendance a été un malentendu. Qu’en est-il exactement? Dans la même livraison, un article sur la condition de l’École algérienne amène à questionnement. Lire la suite

LE CAS…tunisien

… Le cas tunisien est singulier. Rien à voir avec l’Algérie ou l’Egypte. Un, la Tunisie n’a aucun problème identitaire. Tout le monde se sent tunisien, même les enfants de juifs tunisiens immigrés en Israël qui habitent Tel-Aviv ou Petakh-Tikva se définissent en tant que tels. Deux, il y a un bilinguisme arabe-français apaisé dont tout le monde se félicite, et qui plus est n’entame nullement le parler populaire tunisien. Quand on connaît le pouvoir de nuisance de ces deux problèmes en Algérie, on se dit que la Tunisie à vraiment de la chance. Trois, le pays a une histoire qui le distingue nettement de son voisin algérien. Un exemple, à Alger, le pouvoir ottoman n’a jamais été dévolu à des autochtones et ne fut exercé que par des « raïs » venus d’Europe, des renégats ou chrétiens convertis à l’Islam qui y ont vécu le regard fixé sur la mer, le dos tourné au pays profond.

Hussein Dey a signé la capitulation sans barguigner avant de gagner Naples avec son trésor et sa famille. Rien de tel en Tunisie, où les «pieds-noirs» ottomans, pour la plupart des Grecs ou des Crétois, se sont «créolisés» au même titre que les Espagnols d’Amérique du Sud qui ont fini par développer un patriotisme local, avec Simon Bolivar entre autres. Savez-vous que Bourguiba tout comme Bahi Ladgham ont des origines crétoises ? Et c’est quand même épatant de savoir que ce sont eux qui ont porté le patriotisme tunisien. J’ai vu comme tout un chacun la Tunisie fliquée à mort sous Ben Ali, un flicage absurde compte tenu du caractère pacifique et policé de la société. Sauf qu’il y a une classe moyenne et il y a un Etat en Tunisie. Et cela se voit tout de suite, dans le tissu urbain, dans la trame des paysages ruraux, dans la préservation du patrimoine historique dont chacun connaît la valeur. Il n’y a pas de HLM et pas plus de cité des «1500 logements» ou encore des «12 Salopards» comme on en voit à Alger ou à Tizi Ouzou mais également au Caire. Il y a de petites maisons de petits bourgeois. 80% des Tunisiens sont propriétaires de leur maison. Tout est tracé au cordeau, et la façade des maisons et des immeubles relève de l’espace public. On n’a pas le droit de mettre des barreaux à la fenêtre, de placer du zinc pour cacher la vue des femmes au balcon. Toutes ces choses-là n’existent pas en Tunisie. Et cela se répercute sur l’islamisme tunisien qui est un islamisme d’épargnant petit bourgeois, plus conservateur qu’intégriste. En tout cas, et jusqu’à nouvel ordre, ce n’est pas un islamisme insurrectionnel.

Extrait d’une interview de

Slimane Zeghidour : « Des ‘‘think tank’’ projettent déjà l’image d’un Maghreb plus berbère »
Slimane Zeghidour

CONTRIBUTION…sensée.

Musulmans de façade et chrétiens de pacotille

 

C’est l’ère de la mondialisation. Elle affecte toute chose : de la matière aux idées. Et Dieu n’y échappe pas. LUI qui est un «produit » originellement unique, original et inaliénable est approprié, cloné, falsifié, retouché selon les traders et selon les marchés ciblés. IL est devenu un produit de large consommation globalisé qui se fait servir sous toute forme d’emballage dans les rayons de la misère et du désespoir des supermarchés de la foi – la fausse – spécialisée dans la publicité mensongère et la contrefaçon.

Révolus les temps des conquistadors et croisés qui portaient Dieu sur le bout de leurs épées aux « peuplades sauvages » d’Amazonie et d’Afrique ou des cavaliers du désert d’Arabie qui L’annonçaient aux « mécréants », d’abord à la criée, parchemins en main, avant de ressembler finalement aux conquistadors comme si l’homme ne pouvait, tout seul par lui-même, découvrir Dieu s’il LE cherchait ou LE désirait ! L’Histoire est jalonnée de ces stupides carnages où les hommes se tranchaient la tête les uns les autres tout en invoquant Dieu, le même Dieu me semble-t-il.

Aujourd’hui, une nouvelle race d’illuminés a «pignon sur âme » : d’un coté, ces multinationales florissantes d’évangélistes chrétiens qui recrutent dans les bidonvilles africains ou les favélas brésiliennes très souvent avec la collaboration de petits charlatans locaux qui s’attribuent des pouvoirs surnaturels que Moïse ou Jésus eux-mêmes n’avaient pas reçu de Dieu et, de l’autre, les Ben Laden and Co qui, eux, ne lésinent pas sur les moyens pour faire tourner leurs entreprises de la mort alimentées par les « fous de Dieu » depuis les unités de sous-traitance réparties dans le monde : ces mosquées intégristes tenues par des gourous, maîtres dans l’embrigadement et les manipulations psychologique et idéologique .

Et, en plus de ces moyens insidieux et/ou barbares de prosélytisme, les NTIC – les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication – sont venues jouer à la « révélation à domicile ». Il n’y a pas un bouquet de télévision satellitaire d’Orient ou d’Occident qui ne fasse l’éloge du Dieu Catholique, du Dieu Protestant, du Dieu Orthodoxe, du Dieu Sunnite, du Dieu Chiite, du Dieu Laïc, du Dieu Etatique, du Dieu Démocratique, du Dieu Théocratique, du Dieu à la kippa, du Dieu à la bourqa, du Dieu à la toque, et, pour chacun de ces « Dieux », il existe une panoplie de produits dérivés : des « sous-Dieux » façonnés selon l’hérésie et le génie psychopathique de tel ou tel nouvel apôtre. Il n’y a quasiment pas un site web où le « racolage » religieux ne tente de nous allécher sournoisement comme sait le faire la virtualité électronique. La population ciblée étant essentiellement les jeunes, accros précisément de ces NTIC.

Depuis quelques années, en particulier après les terribles années noires des années 90 qui ont failli transformer l’Algérie en Afghanistan, la mode maintenant pour certains jeunes est l’Evangélisation, sans doute par rejet de l’intégrisme islamiste par ailleurs toujours aussi offensif. De ce dernier, on en a tellement parlé et écrit que je ne m’étale pas là dessus.

Par curiosité religieuse, j’ai eu donc à côtoyer de jeunes reconvertis au Christianisme, moi qui ne visite les églises quand l’occasion se présente que par curiosité culturelle pour découvrir l’architecture, les fresques, les rites. Je passe sous silence tous les prêches séducteurs pour ramener un foutu bougre de ma tronche sur le chemin de la « Lumière ». Et, croyez-moi, on apprend des choses extravagantes. Les spécialistes du « marketing religieux » vous présentent, leur « produit » en dressant essentiellement une liste hétéroclite et interminable de toutes les « tares » de la religion musulmane : les restrictions individuelles, les contraintes sociales, les interdits, l’intégrisme, le terrorisme, la bourqa, la virginité, Ben Laden, L’Iran, le 11 Septembre, les pouvoirs sanguinaires… Bref, toutes les déviations dues à l’interprétation obscurantiste de l’islam que tout musulman lucide critique de lui-même et combat souvent au péril de sa vie.

On apprend que pour certains, les motivations de reconversion sont dictées par la supposée permissivité de la religion chrétienne quant à la consommation d’alcool ou la virginité chez femmes et, pour d’autres, un moyen quasi sûr pour l’obtention de visa européen sous prétexte de persécution, rien que çà !! On entend des histoires abracadabrantes : des jeunes reconvertis se marient selon le rite musulman parce que leurs parents musulmans ne savent pas que leur progéniture s’est christianisée et, comme la religion en Algérie est un héritage familial qui se transmet implicitement de père en fils comme les gênes, on comprend bien la supercherie !! On entend Fatima et Mohammed, ainsi inscrits sur l’état civil officiel, s’appeler entre eux « clandestinement » Suzanne et Michel !! Et, je me demande si « notre Michel » évidement circoncis projette de se faire reconstituer son prépuce par chirurgie esthétique !

Sincèrement, si nos jeunes étaient en quête réelle de spiritualité, il faut dire que la Religion est comme un package informatique. La dernière release est censée être plus sûre pour avoir corrigé tous les bugs des précédentes versions. L’Islam étant la dernière religion révélée, elle est donc logiquement plus performante malgré les nombreux « bugs » que beaucoup lui attribue. Mais çà, c’est un autre débat.

Il faut vraiment être algérien pour trouver tous ces tours de passe-passe ! Et, j’entends déjà ma défunte grand’mère – elle qui a vécu centenaire son islam ancestral paisiblement et en toute harmonie – ricaner sous cape à six pied sous terre de voir, un jour, un certain Da Mohand Améziane élu Saint Pape au Vatican, prononçant ses homélies avec son accent kabyle, ou un certain SI Kouider Houari dans ses babouches marocaines et son saroual loubia, promu archevêque de l’Eglise d’Oran, ou une certaine Lala Margouma Messaouda, béatifiée Sainte Mère des Palmeraies de Tolga !

Personnellement, je suis solidaire des chrétiens d’Orient, les Coptes d’Egypte persécutés et humiliés et j’ai de la peine pour les chrétiens algériens depuis des générations comme les Amrouche qui n’ont pas droit de citer en Algérie. Et seul Dieu sait ce qu’ils ont apporté à ce pays sur le plan politique et culturel. Par contre, j’éprouve une totale indifférence pour ne pas dire une antipathie à l’encontre de ces opportunistes spirituels. Ceci en ce qui concerne mes compatriotes chrétiens de dernière minute.

La population algérienne avoisine les 40 millions d’âmes fantomatiques, officiellement musulmanes à 99,99 %. L’Islam est proclamé, en gras, « Religion d’Etat » dans la Constitution. Le Ministère du Culte avec son budget est plus important que celui de la Recherche Scientifique qui n’existe d’ailleurs pas. Chaque année, des mosquées somptueuses sont inaugurées : pas un hameau des plus démunis n’a son lieu de culte, financé en général par les dons de citoyens qui souvent n’arrivent pas à joindre les fins des mois ; le Président Bouteflika nous léguera dans la baie d’Alger, la plus Grande Mosquée d’Afrique, dit-on, comme si l’Algérie en manquait et qui portera son nom.

Il n’y a rien qui ne se fasse sans citer Dieu : du manger jusqu’au remplacement de la moindre ampoule d’éclairage public en passant par l’abattage industriel de poulets qui, les pauvres, ne sont même pas orientés vers la Mecque pour porter le label « hallal ». Une chaine de télévision et une Radio coraniques qui monologuent H24 en plus des nombreuses émissions religieuses sur les quatre chaines publiques, en fait l’unique chaine de l’ENTV clonée en quatre et, dites soit disant généralistes. Une Université Islamique qui, elle, ne produit pas de chômeurs-diplômés comme ses autres consœurs; la généralisation à l’Enseignement Supérieur de l’éducation religieuse avec laquelle, déjà, on assomme nos enfants de la crèche jusqu’en classe de Terminale est une exigence de certains mollahs insatisfaits incrustés dans les labyrinthes du pouvoir. Un gouvernement qui compte des Ministres islamistes moins nombreux que les Ministres, plus dangereux, qui se servent de l’Islam ; un Parlement aux idées barbues en majorité. Même le week-end algérien, Vendredi/Samedi, s’est « kamissisé » au détriment de l’économie mais tant qu’il y’a du pétrole, cette malédiction de Dieu, on peut se permettre des hérésies allant à contre courant de l’universalité. Et, j’en oublie comme le rôle des écoles coraniques traditionnelles et des Zaouïas…

Alors, si avec tous ces « investissements islamiques » très lourds, une poignée de reconvertis au Christianisme effrayent les régisseurs de la conscience et les gardiens de la Mosquée comme si Allah a besoin de l’homme pour LE protéger, c’est que leur foi musulmane n’est que du blabla !!! Surtout qu’on ne vienne pas me sortir que « l’apostat est puni par l’Islam ». Il n’y a pas plus détesté par Allah que le mounafeq (l’hypocrite) et la plus grande hypocrisie est précisément de se persuader, en usant la terreur, l’interdit, la persécution que le peuple algérien est le Peuple Elu, le Pur et que l’Algérie est une Terre Sainte, la deuxième Mecque.

L’Islam – le Véritable, ancré maintenant depuis plus 14 siècles dans la moindre strate culturelle du petit peuple qui a résisté, d’Est en Ouest et du Nord au Sud de l’Algérie, durant 130 ans à colonisation française destructrice et ses tentatives d’Evangélisation – est désormais indétrônable et n’a absolument rien à craindre de ces « nouveaux » missionnaires ou ces « nouveaux » Islam qu’on nous importe d’Orient et des pays de l’Opium ; c’est un axiome évident qui n’a pas besoin d’équation mathématique pour le démontrer et, c’est ma conviction personnelle.

C’est vraiment leur rendre un grand service à ces reconvertis que de les stigmatiser et d’en faire la menace du millénaire. On se rappelle les gesticulations tapageuses de certains de nos hommes politiques, ces « dépositaires de la conscience algérienne », autour de cette pauvre jeune femme de Tiaret qui s’est retrouvée l’année passée devant le tribunal pour avoir « migré du Croissant vers la Croix ». Une telle répression ne produira que le ralliement d’autres jeunes désorientés qui foncièrement ont perdu tout repère et, à la longue, la radicalisation de cette frange persécutée ; il ne manquerait alors plus à l’Algérie que de voir apparaitre sur son sol un deuxième type d’intégrisme religieux dont le premier, l’islamisme, l’a déjà gangrénée jusqu’à la moelle et l’ensanglante encore aujourd’hui.

Ce jeu, en réalité strictement politicien, est sciemment fomenté et entretenu par un système politique en totale faillite et sans projet de société viable ; il investit ainsi dans ce « nouveau créneau » pour se perpétuer en pointant du doigt une frange infinitésimale de citoyens comme il a tenté dans un passé récent de jouer l’arabité contre l’amazighité et Dieu merci, ce calcul diabolique n’a pas débouché sur un conflit « ethnocide » que beaucoup espéraient.

Ces dangereuses manipulations héritées de l’ex-colonisateur sont reproduites servilement par deux clans que les algériens dénomment « Hizb França » et « Hizb Irane » et dont des membres très influents tirent les ficelles du pouvoir réel. Or, dans ce jeu malsain, c’est l’Algérie et tous les algériens patriotes, l’Islam et tous les musulmans sincères qui en pâtissent et en payent les frais. On crie au scandale quand les musulmans d’Europe se confinent dans des caves pour prier ou qu’une municipalité refuse la construction d’une mosquée mais, ne dit-on pas que les chameaux ne voient que les bosses des autres !? A ma connaissance, l’Islam ordonne aux musulmans de montrer la voie exemplaire pour espérer, à défaut d’exiger, la réciprocité de l’autre : ce n’est, pourtant, qu’un des préceptes sacrés dont on m’a bourré le crâne durant toute mon enfance. Ou bien alors suis-je à ce point naïf d’avoir cru à la lettre ce que j’ai ingurgité !

Franchement, si j’avais un quelconque pouvoir de décision, j’autoriserai la retransmission, via les médias lourds au même titre que les prières du Vendredi, des messes du Dimanche de « nos chrétiens locaux » lesquelles, pour y avoir assisté une fois, ressemblent plutôt à des concerts de pop-music quand elles ne s’identifient pas carrément aux transes antéislamiques de possédés animées encore de nos jours, çà et là, par des marabouts-charlatans. Je pousserai ma tolérance jusqu’à leur faciliter la construction de leurs Églises au lieu donc de les laisser se confiner misérablement dans des caves comme ces musulmans d’Europe, bien évidemment sur les mêmes bases réglementaires régissant la construction de Mosquées excluant tout financement étranger et, je vous parie qu’on ne verra aucune église achevée. Ainsi, ils se discréditeront d’eux-mêmes aux yeux de la société et, cette apparente frénésie chrétienne s’effritera d’elle-même, plus rapidement qu’on ne le pense et sans qu’on s’en aperçoive vraiment.

Hélas, amis chrétiens, je ne serai jamais Ministre du Culte ni même Maire de ma bourgade laissée pour compte. Mais étant un libertin, j’estime que la liberté de conscience est un droit fondamental indiscutable pour tout algérien. Et, comme je la défends becs et ongles, je m’arroge aussi le droit de dénoncer vigoureusement ces « Tartuffe », et de l’Islam et du Christianisme. Si les premiers portent atteinte à l’Islam et à la Nation, les seconds nuisent aux respectables Chrétiens algériens ancestraux et au Christianisme, du moins pour le moment. Je conclus désespérément donc. Quelle « belle» piteuse image de Dieu que nous offrons au monde, mes chers compatriotes : pauvres musulmans de façade et misérables chrétiens de pacotille !

Je déplairai sûrement aux deux camps et, que je déplaise donc ; je suis totalement en paix comme un minuscule grain de sable flottant dans l’infini univers divin : je ne me reconnais ni en l’un ni en l’autre et, encore moins en le troisième dont il faut chercher les résidus hébraïques éventuels avec le télescope Hubble car çà m’étonne qu’il en reste encore quelques vestiges dans notre pays alors que notre voisin – Sa Majesté le Roi Mohamed VI – vient d’intégrer sans aucun complexe, dans la récente Constitution plébiscitée, le caractère hébraïque du Maroc à coté des autres composantes identitaires du peuple marocain, une première dans le monde musulman. Le Maroc vient, doucement mais sûrement, de donner l’exemple dans ce domaine de la spiritualité comme dans d’autres tels la régionalisation et la décentralisation avancée. C’est la seule voie vers une véritable Citoyenneté à part entière et un véritable « Grand Maghreb des Peuples » tout court, débarrassé dans son appellation du qualificatif : Arabe, Musulman ou Amazigh !

Barek ABAS
Ingénieur Informaticien – Poète

L’ARTISTE…est toujours là.

Le porte parole de la chanson Kabyle engagée

El Mahna est sans doute la chanson phare de toute l’oeuvre sentimentale de Lounès Matoub. Il s’agit d’un hymne à l’amour. Un cri indicible d’un coeur déchiré, d’une âme désespérée mais d’un homme sincère. Pourtant, les belles chansons d’amour chez Matoub foisonnent. Lounès se fait remarquer dans ce domaine. Il a la particularité d’avoir chanté sa propre histoire d’amour. C’est la première et unique fois qu’un artiste kabyle chante publiquement ses déboires avec sa propre femme. Durant la deuxième étape de sa carrière, qui commence avec la chanson mythique Tarewla, Matoub défile le film de son amour comme dans un interminable feuilleton, avec moult rebondissements et où chaque épisode ne ressemble pas à l’autre même si l’histoire est la même. De Tarewla (1989) jusqu’à Iniyid kan (1998), il a tenté de combattre et de comprendre cet amour, qui le hante, sans y parvenir. Même quand il croit qu’il s’en est délivré, il ne manque pas d’y rebondir. Son refus d’oublier, tel qu’il l’exprime dans la chanson Iniyid kan, est volontaire. L’amour conté par Lounès est plein de contradictions. Et comment pouvait-il en être autrement puisque l’amour n’est déjà et avant tout qu’une illusion. Mais une illusion utile qui sert à apprendre et à comprendre. Matoub plonge profondément dans son âme pour tenter d’explorer l’insondable. Quand on le voit sous la casquette de militant et de combattant, il est évident de s’étonner devant les élans de coeur qui émanent de ses chansons d’amour. Derrière l’homme coléreux et rebelle, peut-il donc se cacher un être tendre, sensible et fidèle? La presse et les analystes ont souvent focalisé sur son côté révolté, en oubliant d’évoquer l’amour qui bouillonnait dans ses entrailles. Cette omission ne constitue pas une tare dès lors que l’actualité a toujours exigé que la primeur soit accordée au militant. Pourtant, la rébellion de Matoub a un soubassement affectif immense.

Cette particularité explique la manière orageuse avec laquelle il a vécu et chanté son histoire d’amour avec sa première épouse et son grand amour, l’amour de sa vie. Il justifie l’attachement viscéral et inénarrable à la femme aimée. Etre possédé à ce point par la même femme et avouer publiquement son incapacité à s’en départir, constitue l’une de ses différences.

En relatant son idylle, Matoub partage la poire en deux. Il admet ses imperfections, chose rare dans la poésie kabyle où c’est toujours la femme qui est fautive. Il confesse que, si son amour s’est ruiné, c’est en grande partie à cause de ses excès et de sa fuite en avant. C’est tellement rare dans la culture de la société kabyle, encore moins dans la poésie de la même langue qu’un amoureux fasse son mea-culpa, d’autant plus publiquement. La femme aimée cherche la protection. Il lui offre la guerre. Ils se sont séparés dans une période difficile, au cours de laquelle Matoub est blessé par balle suite aux événements d’octobre 1988.

Le déclic dans sa carrière artistique et dans sa vie s’effectue en octobre 1988. Quand il se réveille de son lit d’hôpital, il aperçoit que son amour s’est envolé sans l’avertir. Le choc est tel qu’il compose, pour la première fois dans sa carrière, tout un album consacré à la thématique sentimentale. L’album dont il est question est constitué de quatre chansons autobiographiques et émouvantes (la cinquième étant politique), débordant de courroux et d’affection. Matoub passe allègrement de la tendresse à la colère, du rêve au mépris et de la compassion aux remontrances. Cet album est sorti en 1991. Matoub vient d’inaugurer une nouvelle ère dans la chanson d’amour. Matoub évoque une passion immuable, celle de sa femme. Il dit l’amour comme on parlerait de l’amitié. Aucune allusion n’est faite à la beauté physique de la femme que vantent la majorité, sinon tous les poètes. Chez lui, l’amour est plus profond que les yeux bleus ou une chevelure dorée. L’aspect superficiel n’est qu’ornement; l’amour est tout, sauf une question de physionomie et d’allure. Chez Matoub, l’érotisme, qui fut un cheval de bataille pour tous les poètes l’ayant précédé, est banni. Quand il fait allusion à un aspect physique de la femme, c’est dans le but de désigner cette dernière et non pas pour faire l’éloge de son aspect extérieur. En parlant de la femme, Lounès s’intéresse au côté intérieur de celle-ci. Le but des vers où il fait allusion à la beauté n’est pas tant de dire du bien de la beauté physique de l’aimée mais l’objectif consiste à décrire les blessures laissées par la séparation et l’éloignement. C’est le cas dans ces vers:

Aimée aux cils gracieux, montre-moi ton visage

Je t’en supplie, à ta fenêtre apparais!

J’ai en moi enfoui ton regard

Ancienne est notre séparation

Même toi mariée, entourée de tes enfants

Mon coeur en son amour est demeuré tel

Ton nom sur ma chair est gravé

Tu me hantes, fine beauté

Le sens que Matoub attribue au sentiment amoureux n’est pas du tout l’amour idéalisé ou rêvé. L’histoire d’amour de Matoub est réelle et réaliste. Le fait qu’elle soit vécue, lui confère un sens plus distingué. L’amour, c’est la vie partagée, des épreuves la main dans la main, l’entente et la mésentente, le bonheur et la souffrance, l’union et la rupture. C’est la définition que Matoub tente de donner au sujet de l’amour. L’amour, Matoub la résume dans cet extrait:

Tourments et angoisses ne sont rien

Ni l’oppression de la vie ne nous pèse

Et les malheurs non plus ne sont rien

Nos supplices sont un air de chanson

Qui offre la sagesse

A l’homme dénué de tendresse

Elle n’a pas sombré, ni ne s’égarera

Dans un galetas ou dans l’infini

La vérité de l’amour durable

Ces vers font partie d’une chanson de son dernier album posthume. Mais bien avant, au tout début de sa carrière. Matoub clamait au sujet du vrai amour:

Nous avons goûté à l’arbre des tourments,

A notre insu

Avec abnégation nous combattrons nos colères

Malgré les feintes

Tous deux nous rencontrerons le malheur

Rien ne brisa les fers de l’honneur

Le tranchant de l’épée ne nous a pas traversés

Cette ère de souffrance nous saisit au dépourvu

Matoub Lounès appréhende le sentiment amoureux en profondeur. Il ne chante pas un amour idéalisé non vécu, comme c’est souvent le cas. Son amour à lui est palpable et vrai: «C’est un amour réel, naturel, pas une idée mais un fait».

Tantôt, il idéalise; souvent il est réaliste, comme c’est le cas en déplorant l’incapacité de la femme aimée à lui appartenir puisque, elle-même, ne s’appartient plus, ayant des enfants avec un autre.

Dans un autre texte, il revient à de meilleurs sentiments pour dire que, même avec des enfants, il ne pourra pas l’oublier. Il confirme l’enracinement sacré du sentiment amoureux. On peut continuer d’aimer même en l’absence de l’aimée. L’amour est dans le coeur. Mais est-ce vrai? Le poète laisse libre cours à ses illusions pour supporter l’invivable:

Bien que mon pied vacille au bord de la tombe

L’espérance n’a point déserté ma cervelle

Certes, je sais que cela ne sera pas

Mais je crois que tu reviendras auprès de moi

Bien que je sache que c’est la fin de tout

Je nourris mon coeur de patience

J’invente pour lui ce qui n’est pas…

L’amour survit aux plus dures épreuves. Il demeure après les tempêtes. Même l’éloignement ne peut pas l’emporter. Bien au contraire, lorsqu’il est solide, il se raffermit dans l’absence. L’amoureux est hanté par la personne aimée, de jour comme de nuit. Matoub nous apprend que nous pouvons tomber amoureux à quarante ans. Il nous enseigne qu’après avoir pleuré un amour pendant dix ans, nous pouvons l’effacer en une seconde et le remplacer grâce à l’espoir et à la sincérité. Il ne le dit pas sans les contradictions naturelles et inévitables en de telles situations.

De 1991 à 1998, Matoub a produit vingt-cinq chansons d’amour. La spécificité dans les poèmes qui accompagnent ses mélodies, se situe d’abord dans le fait qu’il s’agit globalement du vécu de l’auteur. Ce dernier chante à la première personne. Dans le fameux album El mahna, le thème n’est pas aussi simple qu’il n’y parait en écoutant les chansons pour la première fois. Dans ces textes, Matoub ne fait que dire autrement ses sentiments. Sa force poétique lui permet de relater la même histoire plus d’une fois, en usant d’angles d’attaque variés et sans redire les mêmes choses. Aucun ressassement ne peut être déploré.

Matoub fait preuve d’une imagination féconde. Dans la chanson: Si daw uzekka, tighriw, il imagine qu’il n’est plus de ce monde. Du fond de sa tombe, il adresse à l’aimée des messages plus virulents. Il se montre sévère et rancunier. Il culpabilise la partenaire en utilisant un langage dur et insurgé. Il fait usage d’expressions acerbes. Autant Lounès est révolté dans son jugement ici, autant il est tendre et clément dans Tuzma N’temzi.

Le poète ne fait que décrire la réalité. L’amour est un sentiment doté d’une force capable de générer une multitude de réactions aussi contradictoires les unes que les autres.

D’une minute à l’autre, on passe sans savoir trop comment, de l’adulation extrême à la culpabilisation sans merci.

Les larmes de ton corps, tu les pleureras toutes

L’obscurité des regrets sur toi s’abattra

La porte que tu ouvriras, tu oublieras

Si elle aborde à la clarté ou sur un désert de ténèbres

La récolte féconde qui faisait ta morgue

Ö calamité!

La grêle la saccagera

Tu entreras en délire, tu déclineras

Ton chemin sera chemin d’égarement

Chez Matoub, l’amour est conflit. Il est à la fois source de félicité et de déchéance. C’est aussi une grande source d’inspiration.

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