Hadj : Le pèlerinage à La Mecque

Le pèlerinage à La Mecque a été formalisé par le Prophète après sa rupture avec les juifs de Médine, de même que l’obligation de se tourner vers La Mecque et non plus vers Jérusalem pour la prière rituelle. En faisant de La Mecque le premier lieu saint de l’islam, Mahomet se réconcilia au passage avec les marchands de la ville, qui tiraient un grand profit des pèlerinages d’idolâtres.

Pèlerins se rendant à La Mecque (Léon Belly, 1881, Musée d'Orsay, Paris)

Au commencement était la Ka’aba

Depuis des temps immémoriaux, des pèlerins affluaient de toute la péninsule arabe à La Mecque. Ils venaient honorer les idoles conservées dans un temple de forme cubique, appelé pour cette raison Kaaba (ce mot arabe a même origine que le mot greckubos, dé à jouer, qui a donné cube en français).

Ces idoles représentaient la divinité (Allah, qui veut dire dieu en arabe) et ses trois filles, al-Uzza, al-Lat et Manat (qualifiées parfois de déesses sublimes).

Mahomet fit savoir que la Kaaba aurait été initialement construite par des anges puis reconstruite par Adam, par son fils Seth, ensuite par Abraham et son fils Ismaël, ancêtre des Arabes.

Le Coran raconte qu’Abraham, faute d’avoir un héritier de sa femme Sarah, avait épousé sa servante Agar et en avait eu un fils, Ismaël. Puis, contre toute attente, Sarah lui avait donné à son tour un fils, Isaac. Agar et Ismaël se seraient alors réfugiés à La Mecque…

La Kaaba, édifice sacré au centre de La Mecque (Arabie séoudite)La Kaaba est aujourd’hui un édifice en pierres de granit local de 13 mètres de long, 12 de large et 17 de haut, au centre d’un enclos bordé de portiques, le Masjid al-Haram, ou mosquée sacrée. La tenture de velours noir brodé qui la recouvre sur les quatre côtés est régulièrement renouvelée par un atelier de la ville sainte.

Les idoles pré-islamiques ont bien entendu été expulsées du temple et c’est vers une pierre noire enclavée dans l’un des coins de l’édifice que se tournent désormais les fidèles. Cette pierre noire – sans doute une météorite – aurait été livrée à Abraham par l’archange Gabriel lorsqu’il avait entrepris de reconstruire le temple.

Sans surprise, le pèlerinage musulman reprend plusieurs rituels antérieurs, à commencer par la circumambulation autour de la Kaaba.

Un rituel immémorial

Pèlerins musulmans dans la plaine de Mina, pendant le grand pèlerinage (miniature indo-persane de la fin du XVIIe siècle, Londres)À tout moment, les musulmans peuvent se rendre à La Mecque pour prier. Cepetit pèlerinage, toutefois, n’a pas la même valeur religieuse que le grand pèlerinage rituel («hajj» ou «hadj» en arabe), l’un des  cinq piliers de l’islam.

Il a lieu chaque année, du 7 au 13 du dernier mois de l’Hégire (le calendrier musulman), le dhû al-hijja (le «mois du pèlerinage»).

À leur arrivée à La Mecque, les croyants doivent en premier lieu exprimer leur intention d’accomplir le pèlerinage. Puis, les hommes troquent leurs habits contre un vêtement sobre composé de deux voiles blancs. Les femmes se découvrent simplement le visage.

Après un brin de toilette, hommes et femmes se rendent individuellement à la Kaaba, dont ils font sept fois le tour.

Le pèlerinage se poursuit par la galerie de 420 mètres qui sépare les collines de Safa et Maroua, le long de la mosquée sacrée. C’est le parcours qu’aurait suivi Agar lorsqu’elle chercha de l’eau à la source Zem Zem pour désaltérer son fils Ismaël. Les fidèles accomplissent sept fois ce parcours et boivent à la source.

Puis ils gagnent la plaine de Mina, à quatre kilomètres de La Mecque, où ils passent la nuit dans des tentes.

Le lendemain matin, jour du Pardon, ils se rendent au pied du mont Arafat (ou Arafah, en français «Miséricorde»). C’est là que Mahomet fit son sermon d’adieu lors de son propre pèlerinage en 632 de notre ère.

Ensuite, dans le vallon de Mouzdalifah, ils ramassent quarante-neuf cailloux. Ils s’en servent le troisième jour pour lapider successivement trois stèles qui symbolisent le grand, le moyen et le petit Satan. Ce geste rappelle celui qu’aurait effectué Abraham pour écarter le tentateur quand celui-ci lui suggéra de désobéir à Dieu qui lui ordonnait d’immoler son fils (Ismaël selon le Coran, Isaac selon la Bible).

La fête du sacrifice, aussi appelée «grande fête» (en arabe, Aïd el-Kébir), clôt le mois du pèlerinage. Elle commémore le sacrifice d’Abraham. Celui-ci se serait disposé à sacrifier son fils pour obéir à Dieu. Rassuré sur sa foi, Dieu aurait au dernier moment arrêté son bras et remplacé l’enfant par un bélier. En rappel de ce sacrifice, chaque famille musulmane, à La Mecque et ailleurs, tue et partage un mouton.

La Mecque en 1890

Une croissance fulgurante

tombeau du prophète Mahomet à Médine (céramique du XVIe siècle, musée islamique du Caire)À la fin du pèlerinage rituel, les pèlerins peuvent aller se recueillir sur le tombeau du Prophète, à Médine. De retour chez eux, ils s’honorent du titre de «Hadj».

De 50.000 par an au début du XXe siècle, les pèlerins sont aujourd’hui plus de trois millions et demi (dont un tiers de femmes) et les travaux titanesques entrepris autour des lieux saints ont vocation à en augmenter le nombre bien au-delà.

Pour l’heure, l’Arabie séoudite, qui gère les lieux saints de La Mecque et Médine, limite les visas d’entrée annuels à un millier par million d’habitants pour les pays musulmans. Mais, par souci de prosélytisme, elle ne fixe pas de limite pour les pays où les musulmans sont minoritaires, comme la France ou les États-Unis, ni non plus pour les pèlerins d’Arabie même, qui représentent plus de 40% du total.

Le pèlerinage témoigne du basculement de l’islam vers l’Asie orientale : la grande majorité des pèlerins étrangers vient en effet du sous-continent indien, de la Malaisie ou de l’Indonésie. Notons que les lieux saints sont interdits aux non-musulmans sous peine de mort.

Alban Dignat
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