Les beni oui-oui et beni non-non

« Les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde ; les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques », a affirmé le philosophe André Glucksmann

Le citoyen tout le monde est donc en droit de se demander pourquoi nos députés fondent leur politique sur la négation de nos problèmes ; à supposer qu’ils ont une philosophie qui tienne la route. On dit qu’on a les chefs qu’on mérite, mais quand les tricheurs inventent mènent le jeu et proclament ses résultats où va se nicher le mérite ? Avant, l’Algérien était réputé pour avoir du courage de l’honneur, présentable et plus civilisé que ses congénères. Maintenant, il ne renvoie que l’image d’un fou dangereux qui ne se réveille que pour cogner la tête contre les murs après avoir tout saccagé. Et malheureusement pour lui pas de pénurie pour la camisole de force. Il a raté son printemps de 1988 et son hiver de 2011 afin que ses « élus » continuent à percevoir leurs salaires mirifiques en faisant du bronzage leur emploi à plein temps.

On savait que ces petits soldats pâte à modeler veulent la totale : le beurre l’argent du beurre le lait de la vache la vache et son vert pâturage. Ils papotent sur des réformes censées nous donner un peu de « âza et karama » pour les enterrer illico presto. Pas de quoi pavoiser, ces quelques réformettes : une représentation politique plus féminine, un champ audio visuel moins soporifique, des petits trucs ça et là à la sauce du pouvoir. Balayées ces pseudos avancées par nos pseudos élus. Prenons la parité, pas besoin d’avoir les dons d’une cheikha Soleil pour imaginer ces futures « amazones » formées par le parti-unique et ses clones imberbes et barbus. Khomeiny avait ses politiciennes et sa milice ; Saddam en avait plus que le parlement français ; sans oublier Ennahda en Tunisie qui vient de faire l’événement sans faillir au new look : costume-hidjab. Pas bêtes du tout, nos voisins, une « sœur » c’est bien pour la caméra c’est encore mieux pour voter une loi anti-bikini  et c’est moins risqué qu’un homme qui pourra se révéler un dangereux rival pour la magistrature suprême. Pour les chaines privées, qui est en mesure d’en bénéficier ? C’est n’importe qui sauf le citoyen lambda, forcement ceux qui se sont enrichis tolérés par le système : flen ou felten. Il faut avoir un talisman bien étoffé pour réussir à émerger de la masse en évitant à 100% les circuits officiels et officieux. Et en cas de forcing, il y a la méthode universelle clean sans danger à l’exemple de Mitterrand et Chirac qui envoyaient le fisc au comique Le Luron quand il abusait de son humour à leurs dépens…

Le monde arabe n’a pas attendu la menace de facebook pour se doter de chaines privées. Seul l’Algérien en a été privé, il s’est vengé en se parabolisant à outrance. Nos dirigeants gavés aux constantes nationales ne se sont pas offusqués de cette anomalie. Au contraire : amusez-vous avec les nounours des autres et oubliez nous. Même politiquement trop corrects, les medias arabes privés ont le mérite de nous épargner ce ronronnement abrutissant décrit par Moncef Marzouki dans son livre, Arabes si vous Parliez, : « Ouvrez la télé de n’importe quel pays arabe à l’heure des informations : non, le carnet mondain des politiciens n’est pas encore fini, X a reçu Y, Y a reçu X, X et Y ont félicité Z qui les a félicités à son tour, X, Y, Z se sont félicités mutuellement, A a dit à B, B l’a assuré de son entière compréhension…quand le journaliste lit son texte ronflant, incolore, indolore, inodore et insipide, on le sent regarder par-dessus votre épaule et l’épaule de tout un peuple. Il s’adresse en fait qu’à une poignée de chefs dont il redoute le courroux ou espère les largesses… «  Et si par chance comme c’est la règle chez nous ce zélé serviteur devient ministre de la communication, il saura être reconnaissant en pondant une énième loi à briser du gratte-papier rebelle.

Quant à l’agrément des partis et associations d’obédience « bizarroïde« , ce n’est qu’un leurre. Comme les Libyens, Tunisiens, Egyptiens, gageons que n’importe quelle élection libre et transparente déboucherait sur la victoire des mosquées construites et téléguidées par le parti unique. La politique est tout sauf une loterie. Il faut être organisé sécurisé en bataillon et arrosé en permanence par une rente pétrolière calculée à 37 dollars alors qu’il y a des décennies qu’elle a dépassé la baraka des 100 dollars. Donc, on rassure nos députés, leur panique n’est pas aussi justifiée que celle de leurs confrères arabes.  Les clebs aboient et ce n’est pas à la caravane blindée de dresser son poil blanchi.  A l’heure actuelle tous les dirigeants arabes leur envient ce peuple cool qui rentre sagement dans sa niche une fois l’estomac « rassasié« . La preuve,  après une brève accalmie, les prix des aliments de base, cause officielle des émeutes passées, se sont remis à remonter à grimper en toute quiétude. Il faut croire que les dernières augmentations des salaires ont enrichi tout le monde. Ou le comptable du sérail a fait du copie-collé de la fiche de paie des députés à celle de toutes les brebis galeuses.

Le grand historien du bled, Benjamin Stora, invité à une émission pour commenter la révolution du Jasmin, avait déclaré naïvement :  » …on a toujours cru que la révolte viendrait d’abord des  Algériens… » Piètre observateur. Comment a-t-il pu ignorer que depuis 1988, c’est-à-dire durant 21 ans 24h sur 24 h le « pourvu que ça dure » se goinfre du « pourvu que ça cesse » ? Il a fallu à peu près 10 000 Tunisiens pour faire tomber Ben Ali, 2 millions pour Moubarek, chez nous on peut penser qu’il aurait suffit de 500 000 pour amener le tsunami dans les rues d’Alger. Où sont-ils passés les « pourvu que ça cesse » et les « barakat » ? S’ils ont survécu au terrorisme à la répression aux maladies chroniques aux hôpitaux mouroirs aux intoxications alimentaires à la pollution à la hoggra au suicide immolations aux accidents de la route au stress, ils végètent en attendant le miracle made in bled sous d’autres cieux. L’hémorragie des cerceaux s’est même accélérée avec le recul du terrorisme. Là où la terreur a failli, la lassitude a pris le dessus. « C’est de ta peur dont j’ai peur mon frère. «  Imaginons l’Occident sans visa, combien serons nous à quitter sans retour ce pays bien-aimé, bien ensoleillé, ce plus grand d’Afrique imbibé d’or noir et de gaz en mesure de nourrir, en Rois Fainéants, dix fois plus d’habitants ? Partir jusqu’au glacier canadien vers n’importe quelle géhenne pour ne plus les subir…

Que veulent les opprimés ? Mille fois rien : ni or ni argent juste ne plus être opprimés. Mais les maitres piquent leur apoplexie à la moindre bouffée d’oxygène qui atterrit sur les serfs. Ils sont encore dans Le Cercle Fermé de David Pryce-Jones qui disaient des Arabes d’avant les immolations : « Les riches et les puissants exploitent sans merci leurs inferieurs… ». Et le pire c’est l’indifférence qui tue jusqu’à l’intérieur de la tombe, l’indifférence de cette armada de roitelets qui est censée être élue pour représenter le peuple et par conséquent leurs ambitions et qui finissent par devenir les esclaves d’un compte bancaire.

Pourtant c’est gratuit, un sourire commandé, un mot gentil au bout des lèvres, une promesse diplomatique ; ce cinéma n’est pas un travail d’Hercule pour faire passer l’amère pilule. Ils préfèrent lancer la police à chaque coin et recoin qui tarde à ronfler. L’uniforme n’a pas de langue et n’importe quelle arme pointée est arme de peloton d’exécution, reprenant l’expression de Camus : « Vivre contre un mur, c’est la vie d’un chien ». La guerre de libération a duré 7ans et cette idéologie meurtrière entame son demi siècle sans s’essouffler.  Glucksmann parlait de dressage de la plèbe et sélection de l’élite. Si la plèbe c’est nous, qui est l’élite ? Nous avons au-dessus de nous des énergumènes autoproclamés qui n’ont réussi qu’une seule loi : celle de leur pécule, qui ne jaillissent de leur terrier que pour clamer notre incapacité génétique à ressembler aux autres. Ah s’ils pouvaient tous nous tuer et se partager les puits du pétrole à la mode de la famille saoudite en important serviteurs et bonnes. L’Algérie s’y prête à merveille à ce scénario royal : pas de chiites kurdes chrétiens et autres minorités dérangeantes. Mais comment se débarrasser de ces millions de cafards qui ont résisté à toutes les « moussibates » ?

S’époumoner sur le sexe du futur « élu » ou sur le pedigree de la future association, nos décideurs auraient été plus inspirés de s’émouvoir sur le sort de ces milliers de cancéreux qui meurent chaque année avant leur traitement, de ces jeunes apparemment normaux qui préfèrent se jeter dans la mer, dans la drogue, dans bras d’Al Qaida pour échapper au sort de leur père. Un bon politicien est d’abord un bon acteur et la foule qui applaudit la scène à la mémoire courte. Au début, elle n’a pas demandé la tête de Ben Ali ni celle de Moubarek, encore moins celle de Kadhafi. Elle n’est pas descendue pour se venger de tout le mal qu’on lui a fait mais pour quémander un peu de dignité, moins d’oppression, plus de respect de liberté. L’esclavage a toujours été contre-nature, puisque le maître a besoin d’utiliser la force pour le maintenir. Et puisque la force n’est qu’une puissance physique, quelle moralité peut-on tirer de ses effets ? se demandait Rousseau dans son Contrat social.

>Par exemple, au lieu de s’opposer à une ouverture médiatique, nos politicards auraient dû profiter et investir dans ces deux créneaux imbattables pour la publicité genre Berlusconi qui a misé même sur la « sulfureuse » Nessma. Qui mieux qu’eux sait user et abuser de la magie des mots : révolution et révolution bis. Dans un autre contexte, Camus disait : « La démocratie ne se sépare pas de la notion de parti, mais la notion de parti peut très bien aller sans la démocratie. Cela arrive quand un parti ou un groupe d’hommes s’imagine détenir la verité absolue. » Quelle vérité absolue détiennent nos députés en voulant nous maintenir dans un état pavlovien has been ? De quelle légitimité se revendiquent-ils quand ils parlent en notre nom ? Ces beni-oui-oui envers leur raïs et béni-non-non envers le peuple, savent-ils que pendant qu’ils dormaient, l’histoire a enregistré le sacrifice de Bouazizi et les Arabes de Marzouki ont fini par parler puisqu’ils viennent d’offrir à ce dernier la magistrature suprême sans qu’il trafique les urnes, concocte des lois bidons, use de force. Un proverbe sénégalais dit : « L’homme est le remède de l’homme. »

Messieurs les députés soyez le remède du peuple algérien : Partez !

Mimmi Massiva

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