ANWA WIGUI?

Les Amazigh, combattants de la liberté


Le 21 novembre, sur son site, Belkacem Lounes, président du Congrès mondial amazigh a écrit un article : « Berbères, libres et fiers de l’être » où il retrace brièvement l’histoire longue des Amazigh depuis l’Antiquité.

Dans son écrit Belkacem Lounès a insisté sur la plasticité du creuset berbère, capable d’intégrer les composantes culturelles plurielles des peuples étrangers, pour forger l’identité berbère des peuples de l’Afrique du Nord.

« Peuple méditerranéen et saharien, les Berbères constituent le substrat ethnique et socioculturel de l’Afrique du Nord auquel sont venues s’ajouter les composantes juive, européenne et arabe. Réputés pour leur hospitalité légendaire, les Berbères n’ont jamais livré bataille en agresseurs mais toujours en résistants défendant farouchement leur liberté et refusant de vivre sous domination. De tous les peuplements étrangers venus s’établir sur les terres berbères, seuls les juifs ont su vivre en harmonie avec les populations autochtones, partageant en partie leur mode de vie, parlant leur langue et les influençant en retour.

Sur le plan religieux, les Berbères ont toujours été pluriels : après avoir connu l’animisme et le paganisme, ils ont subi l’influence du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Mais ces religions n’ont pas été adoptées de manière orthodoxe, elles ont toujours été adaptées à leurs coutumes et à leur mode de vie propres. Ainsi le droit berbère dit «azref», contrairement au droit musulman, est tout à fait indépendant de la sphère religieuse. Le Berbère est donc par essence laïque et égalitaire ».

Après la révolte de la Kabylie en 1857 et la grande insurrection de 1871, les Kabyles engagés dans des régiments de zouaves (zouaoua) ont participé à toutes les guerres de Napoléon III et on les retrouve dans la Commune de Paris en 1871. Ils ont aussi  joué un rôle considérable dans le développement de l’Algérie (cf. Jean Morizot : L’Algérie kabylisée, Peyronnet, 1962), puis dans la mise en place et l’organisation du protectorat français en Tunisie.

Vers la fin des années 1890, à partir de Marseille, leur môle traditionnel, ils se dirigent vers les villes et les régions industrielles du Centre, de l’Est, du Nord et de la région parisienne.

La contribution des Nord-Africains (surtout des Kabyles) à l’effort de guerre pendant la Première guerre mondiale est considérable, dans les forces armées comme dans les usines. C’est en s’intégrant dans le procès de production capitaliste moderne que les bergers et les colporteurs kabyles deviennent des prolétaires qui intègrent le mode de vie et les valeurs du mouvement ouvrier français.

En 1926, lorsque le PCF créé sur décision du Komintern, l’Étoile Nord Africaine, la très grande majorité des militants et cadres sont des travailleurs kabyles passés par l’école de l’usine et tous affiliés à la CGTU. L’Étoile a participé à tous les combats de la classe ouvrière française contre l’exploitation capitaliste, le racisme, l’antisémitisme et le fascisme. Luttant pour la défense des libertés en France, l’Etoile luttait dans le même temps pour le droit de peuple algérien à s’ériger en nation souveraine par un processus constituant..

Pendant la Seconde guerre mondiale, les Nord-Africains engagés dans l’Armée d’Afrique ont largement contribué à la libération de la France pour faire accepter en contrepartie de ce combat, la proposition du Mouvement du Manifeste et de la Liberté (AML) qui prévoyait qu’à la fin de la guerre, l’Algérie serait érigée en « État algérien autonome après la réunion d’une assemblée Constituante élue par tous les habitants de l’Algérie ». Sur cette position, les Algériens se mobilisèrent dans les AML qui plébiscita le mot d’ordre de Constituante à son Congrès de mars 1945. On connaît la réponse du GPRF du général de Gaulle : la répression de Sétif et de Guelma.

En 1954, après le congrès d’Hornu, les messalistes préparent l’insurrection. Instrumentalisé par Gamal Nasser, Mohamed Boudiaf déclenche les actions de la Toussaint pour attirer la répression contre les messalistes et imposer le FLN. Soutenu par une coalition internationale et la gauche française, le FLN devenu en 1958 le GPRA, écrasa en Algérie comme en France le MNA. Il signa les Accords d’Évian, mais avant son entrée en Algérie, il explosa et c’est Ben Bella soutenu par l’armée des frontières qui accède au pouvoir et crée avant de disparaître un Etat fondé sur le parti unique avec l’islam comme religion d’État. L’indépendance acquise, le pouvoir algérien a mené une guerre permanente contre le peuple algérien et en particulier contre la Kabylie restée fidèle à ses valeurs.

Depuis un an, les « révolutions arabes » n’ont pas encore créé des États de droit fondés sur la démocratie et c’est une vague verte qui l’emporte par la voie électorale en Afrique du Nord, sans parvenir encore à écraser le printemps amazigh.

L’islam de l’AKP et l’argent du Qatar 

À un moment où Alain Juppé (ministre des Affaires étrangères français) reprend la politique arabe de la France en soutenant le ministre turc Erdogan qui prétend refonder l’empire ottoman, en liquidant l’héritage de Mustapha Kemal, avec l’islam de l’AKP comme ciment et l’argent du Qatar comme carburant, il est réconfortant de revenir sur l’article de Belkacem Lounes :

« Les Berbères ont naturellement retrouvé dans les fondements de la société française, les valeurs essentielles sur lesquelles repose leur propre société : démocratie, liberté, laïcité, équité. Ils n’ont donc pas eu de difficultés majeures à adhérer au modèle républicain d’intégration, tel qu’il leur a été proposé. »

« En tout état de cause, la très grande majorité des deux millions de Berbères de France ne se définit pas par rapport à une éventuelle religion, qui ne serait d’ailleurs pas forcément l’islam, mais par rapport à leur identité propre. De même, ils ne se reconnaissent nullement ni dans cette politique française à courte vue, ni dans ces organisations artificielles abusivement qualifiées de «représentatives» d’une «communauté musulmane inventée pour la circonstance et dont les chiffres sont exagérément gonflés.

C’est dans ce contexte de grave crise des valeurs républicaines que les Berbères sont amenés à s’interroger sur leur place dans la société française, sur leurs revendications d’être considérés comme des citoyens à part entière et sur leurs valeurs identitaires et culturelles qu’ils souhaitent mettre au service de la République des Libertés, Égalité, Fraternité et des Droits de la personne. »

Pour répondre à cette interrogation, j’invite Belkacem Lounès à renouer avec le combat de l’Étoile et à engager avec les Amazigh et tous les démocrates de France, un combat radical contre l’islamo-fascisme et ses relais, dans les associations, à l’université et dans les médias.

En menant ce combat pour la défense de toutes les libertés en France, les Amazigh feront refluer, avant de la neutraliser, la vague verte pour édifier des États fondés sur les valeurs listées par Belkacem Lounès, dans un processus menant à l’unité des peuples amazigh dans Tamazgha. Les conditions seront alors réalisées pour fonder avec les cinq pays du nord (Portugal, Espagne, France, Italie et Malte) un Occident méditerranéen avec son prolongement africain.

Jacques Simon

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