Bouteflika, Messali, le PPA et les idiots utiles

Intéressé par la tenue d’un Colloque à Tlemcen sur Messali Hadj, Ali Agouni, l’actuel président du PPA s’est dressé à Madame Benkalfat Messali, présidente d’honneur de ce Colloque, pour qu’elle intervienne auprès du Président Bouteflika − qu’elle couvre de louanges −, pour que le PPA créé par son père, le 12 juin 1962, en remplacement du MNA, reçoive l’agrément qu’il réclame depuis cinquante ans, afin de participer à la vie politique en France et en Algérie.

Cette requête modeste fut rejetée et avec mépris : « À ces gens j’ai envie de dire : qu’ils laissent le PPA au peuple algérien. Et puis je ne veux pas qu’ils chaussent les chaussures de Messali. Elles sont trop grandes pour eux… » (Djanina Benkalfat Messali, El Watan 16/09/11).

L’AVIS de Kacem Madani
L’article de Djanina Benkalfat-Messali m’avait étonné aussi, voire agacé ! Je vous livre ci-après de petites réactions que je n’avais pas pu poster suite à son interview :
Madame,
Nous eussions aimé, pour nous remonter le moral – dans cette Algérie qui déprime et dérive on ne sait où, galérant sur ce « Bounty » incontrôlable dans une mer houleuse dans laquelle les commandants de bords autoproclamés naviguent sans la moindre boussole – que vous nous apportiez une note d’espoir, mais madame quel espoir tirer de la sentence « les chaussure de Messali sont trop grandes pour les nouveaux militants du PPA » ?
Est-ce à dire madame que parmi les Algériens qui osent encore croire à une issue intelligente de tout ce brouhaha politique et qui luttent pour nous en sortir, il n’y aurait plus aucun homme de la trempe de votre père qui puisse y arriver ?
Nous sommes habitués à la hogra du pouvoir, mais une telle sentence sonne comme une douleur supplémentaire portée à notre moral déjà bien chargé par tant de méprise envers nous, le petit peuple.
Madame, nous appartenons tous à cette génération d’hommes et de femmes qui, au lendemain de l’indépendance, voulions nous donner corps et âmes pour construire ce pays, sans pour autant mettre en avant ce que fussent nos pères ni remuer la mémoire de leur combat pour nous frayer un chemin de grâce; mus par la seule et unique envie d’apporter nos pierres à la construction de notre petite maison Algérie.
Madame, je voudrais vous poser juste une question : pensez vous que si Messali Hadj avait pris le destin de l’Algérie en main, le pays ne serait pas ce qu’il est après 50 années d’indépendance ? Permettez-moi d’en douter !
Car, nous le savons tous, Messali Hadj, sans vouloir donner l’impression de trouble-fête dans votre fierté de descendante directe (et il y à de quoi l’être quand on sait que l’on doit à Émilie, votre mère, d’avoir confectionné le drapeau algérien) était un fervent tenant d’un panarabisme aveugle. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Messali Hadj, au pouvoir en 1962 nous aurait menés exactement à la même catastrophe islamiste ! Le fait que le taliban Bouteflika le réhabilite est en soi une preuve que leurs combats idéologiques se ressemblent bien dans le fond.
Madame, nous sommes en 2011, bientôt 50 ans d’indépendance et ma propre mère, comme beaucoup d’autres, regarde les images de la télévision de son pays sans comprendre un traître mot de ce qui se trame sur son dos. Pourquoi un tel acharnement à vouloir imposer à des peuples, des appartenances qui ne sont pas les leurs, ni linguistiques, ni politiques, ni sociales, encore moins religieuses ? Et à cet égard je suis désolé de le dire : Messali Hadj avait le même regard sur nos peuples que celui du colon pour lequel nous n’étions que des peuples d’indigènes, à soumettre et à formater suivant les normes de civilisations colonialistes.
Tout le monde appelle à une véritable réconciliation pour le cinquantenaire de l’indépendance, mais cette réconciliation n’aura de réelle valeur que si les discours politiques se font dans les langues du terroir, du mouzabite au chaoui, du kabyle au chleuh, du targui au tamasheq, etc., car s’adresser au peuple dans un arabe nucléaire que personne ne comprend ou dans la langue du colon, c’est continuer à se moquer de ce peuple dont tout le monde veut confisquer les valeurs et l’histoire millénaire au nom de supercheries et de tous les mensonges de Dieu. L’histoire de l’Algérie ne remonte ni à 1954, ni à 1932, ni à 1832, encore mois à l’an 622 !

Si le PPA devait renaître et se donner une assise populaire, il ne devrait plus s’appeler parti du peuple algérien, mais parti des peuples algériens. Pourquoi refaire les erreurs des autres pays qui ont fait disparaître la sève authentique de leurs territoires aux noms d’hégémonies coloniales (les USA vis à vis des Indiens, la France, l’Espagne etc., vis à vis de leurs peuples autochtones).
Nous avons les moyens d’innover pour faire de l’Algérie un exemple de tolérance et d’harmonie entre nos peuplades, si tant est que l’esprit colonialiste du panarabisme et de l’islamisme qui en découle prenne fin !
Nous sommes fatigués madame de ces guéguerres de légitimité historique !
Nous sommes fatigués madame que l’on nous force constamment à regarder en arrière pour nous empêcher de prendre le chemin du monde qui avance.
Nous sommes fatigués madame que l’on écrive l’histoire de nos peuples à travers ses dictateurs et ses colons !
Nous sommes fatigués madame que l’on nous invente des héros !
Nous sommes fatigués madame que nous le peuple soyons toujours écarté, brimé, et objet de toutes sorte de vétos !
Nous sommes fatigués madame qu’un homme, un seul décide de notre destinée depuis 1962 !
Nous sommes fatigués de la dictature de cette famille de papys FLiN-tox qui s’autoproclame révolutionnaire pour nous piller, nous brimer, et nous confisquer jusqu’à notre liberté de pensée !
Madame, si les chaussures de votre père sont trop grandes pour nous (j’emploie ce pronom pour m’inscrire dans la dynamique de renouvellement à laquelle tous les Algériens aspirent), qu’à cela ne tienne, nous resterons d’éternels va-nu-pieds, juste pour le plaisir du contact avec cette terre de nos ancêtres, et la liberté subtile que cela procure de la fouler et que seul un autochtone authentique peut ressentir en la foulant, mais de grâce, épargnez-nous la sentence «Bouteflika intelligent !» juste parce qu’il a réhabilité votre père pour mieux faire oublier les nôtres, lesquels, qu’ils fussent, djoundis, harkis ou simples citoyens avaient tous en cœur l’Algérie! Bouteflika n’est pas intelligent ! Comment peut-il l’être, lui le taliban multi-putschiste qui se pose encore la question de la réhabilitation des fossoyeurs du FIS, lui qui considère comme héros ceux- là même que son prédécesseur avait qualifié de traitres « terros » ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s