Don Kechout et San3o B’Enchir…les survivants de la glorieuse.

Par:Abdel Madjid AIT SAADI

Si Khorti et Si Klakoulchi sont de bons amis. Durant la révolution, ils ont décidé après la grève de février 1956, de fuir le danger des « enlèvements et de la torture », que subissaient les pauvres « indigènes » de la part des « pacificateurs ».
Comme ils avaient tous deux leur certificat d’études, et que tous deux travaillaient l’un à la poste, et l’autre aux impôts, et que par ailleurs, ils avaient milité quelque temps au PPA, puis au MTLD, et qu’ils risquaient leur vie si d’aventure, quelque colon véreux venait à les signaler au capitaine Bandit, qui venait d’installer un poste dans leur village, ils décidèrent de prendre le maquis.
Malheureusement, il leur était difficile de contacter les moudjahidines, depuis l’installation du poste à deux pas de chez eux, ils décidèrent donc de profiter de leurs vacances à Tlemcen, pour aller voir si Allal, l’ancien oukil judiciaire tlemcenien qui avait exercé dans leur village près de Bir Khlat, entre 1950 et 1955, et qui avait été entre-temps, muté par mesure disciplinaire à Maghnia.

Le jour de leur arrivée chez Si Allal, à qui ils avaient téléphoné depuis Tlemcen, où ils avaient assisté au mariage de Si Elferroudj el Boudali, accompagnés de Si le’ma elboulangi, dont ils avaient fait la connaissance durant la fête et qui leur avait révélé que Si Allal, s’était reconverti dans le métier de « passeur » de frontière vers le Maroc, ils eurent l’agréable surprise d’y rencontrer Si Antar ould elbouchi de Mascara, qu’ils avaient connu en 1949, lors d’un meeting du PPA au moment de la crise berbériste.
Ils se rendirent donc ensemble chez Si Allal, qui leur avait dépêché pour les attendre à l’arrivée du car, son fils Boumedienne.
Après une nuit interminable, et un festin digne de la cuisine tlemcenienne, chacun y alla de son histoire personnelle et de ses commentaires sur le cours de la révolution et surtout sur les dangers de demeurer en Algérie, et en ce qui les concernait, celui de leur inaptitude physique à prendre le maquis, car leur santé, leur constitution physique, leur mode de vie de citadins les avaient ramollis, et rendus incapables à supporter les rigueurs de l’hiver, et celle de la vie dans les mechtas et les grottes.

Si Allal décida donc de leur faire passer la frontière la nuit suivante en compagnie d’un groupe de moudjahidines qui se reposaient dans la ferme du caïd Si Elkhorchef, qui militait clandestinement avec les moudjahidines, tout en donnant l’impression au commissaire local et au brigadier de gendarmerie avec lesquels il trinquait au bar de la musette, être un ardent défenseur et serviteur de la France.

Bref, pour faire court, ils traversèrent donc la frontière, et après quelques temps, ils furent dirigés vers Berkane, où se trouvait ce qui allait devenir la base Ben Mhidi, de la wilaya V.

Mais malheureusement, nos fugitifs, Si Khorti et Si Llakoulchi se feront la belle, et très vite ils se retrouveront à Meknes, où ils se fondront parmi la population, après avoir réussi à épouser deux marocaines.
Vu qu’ils avaient de l’expérience et qu’ils étaient à la fois instruits, tous deux avaient le certificat d’études primaires, et comme l’un avait travaillé à la Poste comme guichetier et l’autre, aux impôts comme contrôleur des impôts directs, et que le nouveau Maroc indépendant recrutait des fonctionnaires, sans trop être regardant sur les dossiers des prétendants, ils furent donc intégrés dans l’administration marocaine qu’ils servirent jusqu’au cessez-le feu algérien, le 19 mars 1962.

A ce moment là, et le 1 avril 1962, au lieu de manger du poisson, ils se décidèrent à aller offrir leurs services à la base Ben M’hidi à Berkane, au Nord d’Oujda. Ils y furent chaleureusement accueillis, et nul ne leur demanda d’expliquer la durée ni la raison de leur séjour au Maroc, sinon qu’on leur fit remplir une fiche signalétique dans laquelle ils mentionnèrent qu’ils avaient rejoint l’ALN, le 1 avril 1956…
Et ainsi, ils reçurent le grade de lieutenant, et ils eurent pour charge de s’occuper sous les ordres du capitaine de l’armée française, Si Tab’aberk, qui venait de déserter et de rejoindre l’ALN, de la gestion des stocks de nourriture et de la logistique.

Après, l’indépendance et le référendum, ils feront partie des éléments qui rentreront en territoire national, sur les chars prêtés par Sa Majesté Si Hassan DOSS, et après quelques jours à Tlemcen à attendre les ordres, ils feront partie des soldats qui feront le coup de feu à CHARON, (Bouqadir) près de Chlef, contre l’ALN et ses éléments des wilayas III et IV.
Ils remporteront la victoire, contre les moudjahidines de l’intérieur, qui ont libéré le pays, et ils entreront triomphalement à Alger.
Ils seront affectés dans les casernes d’Alger, au fur et à mesure que les troupes françaises les évacuaient.

Cependant, et après quelques mois, et la fin de la crise avec le GPRA, puis l’installation d’un gouvernement et d’une Assemblée constituante, suivi d’élections « propres et honnêtes », qui verront l’installation aux commandes de Ben Bella, et de son mentor discret, Houari Boumedienne, au visage émacié,

Si Khorti décide de faire valoir ses droits à exercer des fonctions dignes de son grade d’ex postier, avec expérience acquise tant avec la France, que dans l’administration marocaine, où il était devenu receveur de la Poste d’Ifrane, et ainsi, vu qu’il n’y avait pas de compétences locales qui avait atteint ce grade, et vu qu’il avait fait partie des éléments qui avaient installé le gouvernement Ben Bella et Boumedienne, grâce aux chars prêtés par Sa Majesté Hassan DOSS, il sera nommé ministre des Postes et Télécommunications, sur proposition du capitaine Si Tab’aberk, devenu entretemps commandant et chef de cabinet du ministre de la défense, en gratification pour services rendus à « l’Algérie combattante ».

Quant à Si Klakoulchi, il est devenu rapidement commandant et chef de la logistique militaire.

Ses fonctions, ainsi que la confiance de son chef de région qu’il associait aux gratifications et autres dons reçus à la conclusion de tous les marchés qu’il concluait, de préférence, par l’intermédiaire de racoleurs acquis à la nouvelle direction du pays, et à la défense du régime qu’ils instituaient pour « l’égalité des Algériens », en commençant par faire « suer les riches », il s’appropria quelques villas « biens vacants » et quelques dépôts « biens vacants », pour y entreposer quelques « menus excédents de stocks », qu’il faisait vendre par ses commis, « pour aider les populations civiles affamées »…

Cependant, le 19 juin 1965, Boumedienne, allait faire son coup d’État, « sursaut révolutionnaire », aussi notre Si Klakoulchi, décida-t-il de se faire plus discret, et de préparer son fils aîné KlaKla, trop porté sur la Div’bouteille, les filles, les plaisirs, les voyages à l’étranger, les voitures de courses et les chevaux, à prendre des fonctions dans l’administration, histoire de prendre conscience, que l’argent ne tombe pas du ciel, mais qu’il faut aussi souffrir pour en gagner.

Si Klakoulchi s’adressa donc à son ami Si Khorti devenu ministre incontournable dans le nouveau cabinet de Boumedienne, et membre du Conseil de la Révolution:

» – Mon fils me désespère. Il n’a pas terminé ses études, ne cherche même pas de travail, et il passe tout son temps à boire et à rigoler avec ses copains et ses copines, ne peux-tu pas lui trouver un boulot dans ton ministère ?

– Aucun problème, répondit le ministre, Si Khorti, heureux de rendre service à celui qui partage avec lui leur secret commun. Je le nommerai directeur de cabinet, avec un traitement net de 100.000 dinars par mois, (2000 DA de salaire base, et 98.000 DA, d’enveloppe du ministre)
– Non, non. Ce n’est pas cela que je veux. Il faut qu’il comprenne que dans la vie, il faut travailler pour arriver et se faire une place tout seul et surtout, pour qu’il apprécie ce que je lui donne, car je veux lui inculquer la valeur de l’argent, et il ne semble pas me rendre grâces pour tout ce que je fais pour lui !

– Ah, Bon ! Je le ferai Chef de division, à 55.000 dinars par mois et net .
– Non, c’est encore trop. Il doit se rendre compte qu’il mérite son salaire.
– Euh… chef de service alors ? 40.000 dinars par mois ?
– Toujours trop. Ce qu’il lui faudrait, c’est une place de petit fonctionnaire, tout en bas de la hiérarchie, afin de travailler trop et gagner peu, comme par exemple, chef de recette dans une ville…

– Alors là, je ne peux rien faire pour toi, répond le Ministre.
– Mais pourquoi pas ?
– Pour ce genre de poste, il faut absolument un diplôme, des compétences, et surtout, il faut passer un concours !

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