SERONS-NOUS….nous-mêmes?

Monde “arabe” : fin des dictatures, place aux peuples

En pleine guerre de Libération, se préparait le “coup d’état permanent”. L’assassinat de Abane Ramdane, l’impasse du Congrès de Tripoli, l’invasion de l’Armée des frontières, le coup de force du “ticket” Ben Bella-Boumediene. Tout cela n’avait que ce double but : déjouer toute velléité démocratique et s’emparer du plein pouvoir au profit du clan de l’état-major de l’ALN allié à l’aile arabiste du FLN.

Plus d’un demi-siècle plus tard, et malgré les luttes identitaires, l’Algérie fait partie du monde dit “arabe”, appellation à nous, imposée par les dirigeants du “Maghreb” — étrange vocable qui signifie “Occident” mais qui a pour fonction de nous arrimer à l’Orient “arabo-musulman” ! — puis homologuée et institutionnalisée par le discours géopolitique dominant.

Ils devaient être loin de penser, les stratèges putschistes de l’état-major et leurs affiliés dans le parti, que l’option de l’arabo-nationalisme, expressément adoptée pour enrayer le destin naturellement démocratique de l’Algérie indépendante, se retournerait contre eux. C’est, ironie de l’histoire, dans le vaste mouvement de recouvrement de leur dignité par les peuples des pays dits arabes, que les Algériens aussi risquent de revendiquer, une troisième fois, après Novembre 1954 et Octobre 1988, la restitution de leur souveraineté. Bien sûr, la sacralisation de 1954, qui cache la sacralisation de son message tel qu’il est reformulé par le clan au pouvoir, voudrait que rien d’historiquement décisif ne doit se passer dans ce pays après 1962. Bien avant que Fukuyama ne la proclame, nos dirigeants avaient décrété notre “fin de l’Histoire”. Et s’il y a une vie après l’Indépendance, qui mieux que ceux qui l’ont arrachée — enfin ceux d’entre qui ont su s’approprier l’autorité — peuvent nous la concevoir ? Mais alors que notre intégration dans cette zone géoculturelle devait nous prémunir de “l’occidentalisation” et nous légitimer dans nos “constantes” identitaires, voilà qu’elle nous incorpore, aujourd’hui, dans un vaste mouvement où, pays après pays, les peuples se dressent avec d’étranges mots d’ordre : “Dégage !” ; “Le peuple veut la fin du système”. Et là, notre pouvoir se met à protester de ses voix de choristes : “L’Algérie n’est pas la Tunisie ni l’égypte.” Et pas le Bahreïn ? Pas le Yémen ? Pas la Libye ? Pas le Maroc ?… Pour une fois que cela nous arrange d’être comme la Tunisie, l’égypte, le Bahreïn, que cela arrange les peuples “arabes” d’être frères et qu’ils vivent vraiment cette fraternité, dans la convivialité d’une révolution partagée, on tient à nous en différencier !

Après la proclamation officielle de ce soudain particularisme, la “sainte alliance” ressortait, dans sa dernière réunion, le spectre éculé de “l’ingérence étrangère” et de la menace qui pèse sur notre “souveraineté”.

C’est justement cette souveraineté confisquée par des castes, tribus et autres alliances, sévissant en toute intelligence avec cet Occident-épouvantail, que les peuples réclament.

Ce n’est sûrement pas la fin de l’Histoire, mais c’est sûrement le début de la fin d’une histoire : il était temps que finisse dans le monde dit arabe, la petite histoire des dictatures, pour que commence, et à nouveau, l’histoire des peuples.

Par : Mustapha Hammouche

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