LES VERITES DE LIES…qu’elles sont bien dites!

Qui parmi les gens âgées de 55 ans et plus ne se souvient pas de ses parents, et de la façon avec laquelle ils se sont toujours comporté?

Nos parents doivent certainement tous se ressembler sur le plan comportemental, parce que faisant partie de la même génération avec des mêmes repères, baignant dans les mêmes valeurs, vivant le même contexte, et ressentant les mêmes émotions. Même le niveau intellectuel était relativement le même parce que qu’ils étaient presque tous autodidactes. Aucun d’eux n’avait de diplômes mais beaucoup savaient lire le journal (en français) et étaient très forts en calcul. Car ils n’arrêtaient pas de compter, et celui qui ne savait pas compter était voué à une vie difficile et ne possédait pas une réelle autonomie.

Nos parents, qu’ils aient été fellah, artisans, petites commerçants, éleveurs, maçons, portefaix, dockers, forgerons, charbonniers, bucherons, mineurs ou conducteurs de véhicules et d’engins, étaient de très habiles négociants, qui prenaient des décisions à leur avantage. De même qu’ ils étaient très doués en calcul mental. Nos parents parlaient peu et agissaient beaucoup. Ils étaient patients et très vigilants. Lorsqu’ils ne commerçaient pas ou ne troquaient pas entre eux, leurs partenaires étaient le Yahoudi ou le Gaouri qui eux étaient dans un niveau de volume d’affaires plus conséquents. Nos parents accordaient une importance particulière à la droiture, car ils reconnaissaient que cette vertu, c’est comme une assurance qui vous permet d’aller loin. La parole donnée était sacrée. Ils s’interdisaient les faux témoignages et étaient promptes à venir en aide aux autres et d’une manière désintéressées. Ils pratiquaient l’hospitalité avec sincérité et faisaient l’aumône avec joie. Malgré leur pauvreté et l’adversité qui les éprouvaient, ils restaient simples et affables. Sous leur apparence d’analphabètes et d’indigents, ils étaient pourtant intelligents et prévoyants. Ils avaient une foi inaltérable et se nourrissaient d’espérance. Ils ne manquaient ni de courage, ni de dignité. Ils pratiquaient un Islam simple mais ô combien pur, sans tapage, ni publicité, presque dans le secret, en communion directe avec Dieu. Ils ne mentaient pas. Leur oui était oui et leur non était non. Nos mères n’étaient pas du reste. Elles étaient des »hommes » par leur courage et elles sécurisaient la maison en l’absence du père. Elles savaient manier avec dextérité et autorité le ‘’Fouchi’’, la ‘’Moukohla’’ et étaient capables de tenir en respect le plus redoutable des malveillants. Elles étaient les maîtresses prolifiques et responsables de la maison et faisaient honneur à leurs maris. Lorsque la révolution à éclaté, ni l’un ni l’autre n’a démérité. Ils ont répondu présents à l’appel de la liberté et se sont acquittés pleinement de leur devoir. C’étaient des musulmans, ils avaient pour religion l’Islam, mais ils n’ont jamais pratiqué une guerre de religion. Lorsque le colonialisme abject en tant que phénomène inhumain et injuste à atteint les limites de l’inacceptable, et lorsque les temps furent accomplis pour que se déclenche la révolution des peuples, nos parents se sont levés, droits et résolus, pour combattre pour la LIBERTÉ et la DIGNITÉ. Mais voila que ce combat noble et de portée universelle, qui consista à se réapproprier sa patrie pour des impératifs de dignité et de liberté, fut détourné de sa vocation naturelle, et travesti en guerre de religion contre le mécréant par les tenants de l’arrimage au monde arabe et à ses substrats civilisationnels. Depuis ce moment la révolution prenait une tangente dangereuse. Le congrès de la Soummam, qui se voulait être une halte nécessaire pour évaluer ce qui a été parcouru et organiser et orienter ce qui reste à parcourir, a tenté de corriger cette lacune, jugée pernicieuse et dangereuse pour le devenir de la révolution. Grace à Abane Ramdane considéré comme le véritable architecte et a ses compagnons qui lui avaient fait confiance, le congrès avait réussi à recentrer la révolution vers ses justes et véritables objectifs. Mais c’était compter sans les tenants de la ligne militaro-arabo-religieuse, qui avaient affiché leur hostilité au congrès, torpillé ses résolutions et soumis ses auteurs à une attaques en règle en vue de les éliminer, aidés en cela par les pays arabes (qui n’avaient que convoitises pour les richesses de notre pays) l’Égypte en l’occurrence et manipulés par la France. Et ce qui devait arriver arriva hélas, avec l’assassinat d’Abane Ramdane et la destitution de Ferhat Abbes de la présidence du GPRA. S’en est suivi, le noyautage et l’affaiblissement du GPRA, l’émergence en force de l’EMG, et le lot de divisions et de discordes qui ont failli mettre en péril une révolution qui portait l’espoir de tout un peuple. L’indépendance fut acquise dans ce climat délétère, et avec en son sein les germes réels et dangereux de la division et de l’instabilité. Le pouvoir militaire avec l’aide de Benbella, s’imposa au pouvoir civil qu’il lamina définitivement quelques années plus tard. Khémisti qui était ouvertement opposé à cette hégémonie (de la pan arabité) car il en percevait tous les dangers futurs qui lui sont liés, fut froidement assassiné en sa qualité de MAE, devant l’enceinte même du parlement qui symbolisait la démocratie et le pouvoir du peuple. L’Égypte dirigeait le pays et la France qui avait convenu avec elle un deal, tiraient les dividendes. L’école fût arabisée, l’enseignement de la religion fut introduit sans le soumettre à un contrôle, ce qui amena les enseignants zélés recrutés d’Égypte et du moyen orient, à s’offrir la pleine liberté d’endoctriner nos enfants et les formater à leurs convenances. Les finissants investis d’un Islam nouveau, se dirigeaient beaucoup plus vers les mosquées que vers les usines et les champs. Le programme scolaire continua sur la même lancée et avec le même contenu, même après le départ des enseignants venus d’orient. Boumediene se rendant compte de la dérive, allait réorienter le cap (entre autres libéraliser le régime et se séparer de certains cadres de son entourage), mais il fût assassiné d’une manière qui laisse jusqu’à aujourd’hui planer les doutes les plus troublants. Les mosquées continuèrent à pousser comme des champignons et se multiplièrent afin d’absorber le flux toujours grandissante de ces religieux d’un genre nouveau, au point ou l’on retrouva deux à trois mosquées dans un modeste hameau, même le douar en a été pourvu, quand aux quartiers de villes le fidele avait la liberté de choisir dans quelle mosquée il allait prier pour collecter le plus de hassanates, d’autant plus qu’on se permettaient allègrement de squatter les trottoirs et un peu plus tard, même les rues. Une fois encore, que les temps furent accomplis et que le nombre des fidèles était devenu impressionnant, l’idée de prendre le pouvoir et d’instaurer une Dawla Islamiya germa dans l’esprit de certains. Les prétextes pour monter le discours politique étaient vite trouvés : le chômage, la crise du logement, les passe-droits (appelés le piston), et on y ajouta les détournements des deniers publics et la mauvaise moralité des représentants de l’État à tous les niveaux et dans tous les secteurs. La boucle fut ainsi bouclée, et le pouvoir d’essence militaire s’est retrouvé en face du monstre (phénomène) qu’il a lui-même créé. C’est pourquoi nous nous sommes retrouvés devant une confrontation sanglante et d’une rare violence entre l’armée et les services de sécurités d’un côté et les tenants du projet de société islamiste de l’autre côté. Les citoyens qui n’appartiennent ni à l’un, ni à l’autre des belligérants, se trouvèrent pris en otage et subirent injustement et douloureusement les affres et les turpitudes de ce conflit inique. Après des pertes se chiffrant à 200 000 morts et 20 000 disparus, et des traumatismes à vie portés par des millions d’autres, sans parler des pertes matérielles qui se chiffrent en dizaines de milliards de dollars et un pays qui a frôlé son effacement de la carte du monde, après une décennie de larmes et de sang, mais surtout après l’épuisement des deux belligérants, on appela à une paix des braves avec à la clé une réconciliation nationale qui amnistia les uns et rétribua les autres. Et depuis, après d’incessants replâtrages, des politiques improvisées, des fuites en avant, et des alliances contre-nature nouées et dénouées, des scandales liés à la corruption et toutes sortes de dérives liés à la non-gouvernance et à l’arbitraire , nous nous retrouvons encore une fois que les temps furent accomplis devant une impasse, devant un mur, devant un pouvoir à l’autisme effrayant et un peuple livré à la loi du plus fort (Tag a’ala men tag) et une jeunesse désemparée et en ébullition. Quelle sera donc l’issue? La situation est grave et les ingrédients de la perte de la souveraineté sont réunis. Pourtant les solutions existent. L’Algérie n’est pas orpheline de ses enfants patriotes, sages et compétents. Ils existent en nombre suffisant à l’intérieur du pays comme dans la diaspora et ils existent au sein même des institutions de l’État. Quelle est cette force qui est en train de les empêcher de se rencontrer et de discuter de l’avenir du pays? En tout état de cause, l’ANP et les services de sécurité, plus que toute autre entité (partis politiques, élite, syndicat, mouvement associatif et estudiantin, etc.), sont vivement interpelés et porteront devant Dieu et l’histoire la responsabilité de ce qui pourra advenir du pays. Le salut du pays leur sera imputable, de la même manière que leur sera imputable, à Dieu ne plaise, sa perdition. Pourquoi? Simplement parce que l’armée d’aujourd’hui, n’est pas celle des années 60. Elle a incommensurablement évolué dans le sens du modernisme et de l’universalité. En plus elle tient la mitraillette, et la mitraillette ce n’est pas rien. D’autant plus que le peuple algérien est hostile, à juste titre à la solution roumaine ou irakienne. Parce que il considère, à juste titre également que le Bien ne pourra nous venir de l’Étranger sans que ce dernier n’exige en contre partie une bonne part de notre souveraineté nationale. Le Bien ne peut surgir que du milieu de nous et l’armée est un joueur important pour ne pas dire déterminant. Les seuls groupes sur lesquels il ne faudra pas compter sont les RENTIERS (toutes ces organisations, ces unions, ces associations, brefs toutes ces reliques outrageusement budgétivores qui ont survécu au parti unique). Pour eux, ‘’le tout va bien’’ et ‘’après moi c’est le déluge’’ sont la règle et la constante. Nous soupirons après ce NIF qui avait fait naguère la grandeur de notre peuple et qui semble aujourd’hui, nous avoir définitivement quitté. Espérerons-nous un jour nous réapproprier la bravoure, l’humilité, la générosité, la patience, l’espérance et la tolérance qui avaient façonné le comportement noble de nos pères? Tous ensembles, il me semble, nous pourrons changer le système et corriger toutes nos lacunes. Il suffit de se parler avec respect et sincérité et faire l’effort chacun de son côté de se rapprocher des attentes de l’autre, tout en prenant en ligne de compte ses inquiétudes qui pour lui sont légitimes. La vraie paix des braves est celle qui est à venir et qui se conclura sous le signe du changement positif pour un véritable État de droit démocratique et solidaire. Fraternellement à toutes et à tous.

Liès Asfour.

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