ON DEVERSE…des rivières de larmes.

Hadj M’Hamed El Anka a aussi chanté en kabyle, sa langue maternelle, mais la propagande officielle passe cela sous silence.

Il a chanté une de ses plus belles chansons en kabyle. « Izri-w Yeghlev Lehmali » qui était en fait la version kabyle de « Lehmam li rabbitou ». Ces deux chansons étaient un cri du coeur pour exprimer la douleur qui le tenaillait face au départ de son fils, l’acteur Mustapha El Anka. Et personnellement, je trouve la version kabyle, autrement plus poignante.

Je me rappelle de ma mère m’informant que mon père (aujourd’hui sous d’autres cieux), en écoutant cette chanson, est allé se réfugier dans sa chambre et pleurer comme un gamin tellement elle exprimait sa douleur face à l’exil de son propre fils, c’est à dire moi qui avait choisi d’aller vivre ailleurs. El Anka, Kabyle de la région d’Azzefoun comme tous les chanteurs châabi, à l’exception de Dahmane El Harrachi, qui lui était Chaoui, (et de Guerouabi qui était un kabyle de Bordj Bou Arriridj) était un chanteur populaire mais engagé à sa manière. D’abord pour son art (que je qualifierais d’artisanat tant le respect des codes et des normes dans ce genre musical étaient stricts). Hadj M’Hamed El Anka respectait, sacralisait même, la chanson populaire algéroise, mû par une éthique morale qui le poussait à souhaiter ardemment l’indépendance du pays puisque c’était l’enjeu principal de son époque. Il a également refusé d’être instrumentalisé par le pouvoir de Mohamed Boukharouba dit Boumédiène, et clamé haut et fort qu’il était lui aussi « the master of my fate, the captain of my soul » (Je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme) comme dirait O. Henley. (Voir « Invictus » selon Benchicou).

Aussi bien Matoub que El Anka étaient pour moi des rebelles. Chacun à sa manière. Matoub avec la gouaille qu’on lui connaissait et dont les mots étaient des projectiles. Et El Anka avec sa finesse tout en sous-entendus faite de litotes et de métaphores. D’ailleurs, on n’épouse pas une carrière artistique si un trop plein d’émotions, de frustrations et d’espoirs ne vous prennent littéralement à la gorge. Tous deux avaient une vision « juste et équitable » face aux bouleversements du monde et aux malheurs de l’humanité et de leur communauté. Et j’aimerais finir par cette anecdote.

Un jour dans les années 1980, je crois, j’écoutais, une émission de radio Beur consacré au châabi animé par Maurice, un juif algérien (et Dieu sait si les juifs algériens -ni arabe ni musulman comme dirait Matoub!- comme Lili Boniche ou Cheikh Raymond ou encore Reinette l’Oranaise ont contribué à faire de la chanson châabi une pièce maîtresse de la culture populaire de ce pays! (« Dour Biha Ya Chibani » est une chanson juive algérienne!). Donc notre ami Maurice reçoit le meilleur chanteur kabyle à mon sens; Idir. Et histoire de le « piéger » lui demande de chanter une chanson de Hadj M’Hamed El Anka. Et c’est là que le maestro Idir chante « Izri-w Yeghlev Lehmali » en kabyle bien sûr. Tout en disant à Maurice que la plupart des gens ne savent pas que Hadj M’Hamed El Anka était avant tout kabyle… (tout comme Matoub). Et que face à un bouleversement personnel (la séparation d’avec son fils) il a choisit de s’exprimer dans sa langue maternelle, le kabyle, pour exprimer toute l’étendue et l’authenticité de sa douleur.

Et la boucle est bouclée: El Anka et Matoub chanteurs rebelles et… kabyles.

Azul à toute l’Algérie: kabyle, chaouie, mozabite, touarègue, juive, musulmane, chrétienne ou athée.

Par Amsevrid
source: Lematindz

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