ON SE MEU(R)T… en faisant du sur-place.

« La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c’est la paralysie morale.

Son origine est connue : « L’islam est une religion parfaite. Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement, il en découle dans la conscience post-Almohadienne une autre proposition : « Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits ».

Syllogisme funeste qui sape toute perfectibilité dans l’individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement. Jadis Omar Ibn El Khattab faisait régulièrement son examen de conscience et pleurait souvent sur ses « fautes ».

Mais il y a longtemps que le monde musulman a cessé de s’inquiéter de possibles cas de conscience. On ne voit plus qui que ce soit s’émouvoir d’une erreur, d’une faute.

Parmi les classes dirigeantes règne la plus grande quiétude morale. On ne voit aucun dirigeant faire son mea culpa. C’est ainsi que l’idéal islamique; idéal de vie et de mouvement a sombré dans l’orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s’amender ou de s’améliorer : il est irrémédiablement parfait !

Parfait comme la mort et comme le néant. Tout le mécanisme psychologique du progrès de l’individu et de la société se trouve faussé par cette morne de satisfaction de soi.

Des êtres immobiles dans leur médiocrité et dans leur perfectible imperfection deviennent ainsi l’élite d’une société morale d’une société où la vérité n’a enfanté qu’un nihilisme.

La différence est essentielle entre la vérité, simple concept théorique éclairant un raisonnement abstrait, et la vérité agissante qui inspire des actes concrets. La vérité peut même devenir néfaste, en tant que facteur sociologique, lorsqu’elle n’inspire plus l’action et la paralysie, lorsqu’elle ne coïncide plus avec les mobiles de la transformation, mais avec les alibis de la stagnation individuelle et sociale.

Elle peut devenir l’origine d’un monde paralytique que Renan et Lamennais dénonçaient en disant que l’islam « pourrait devenir une religion de stagnation et de régression ».

Quand une société primitive met des tabous autour de ses traditions, de ses convictions, de ses goûts, de ses usages, ce qui est risible là-dedans – à supposer qu’il y ait quelque chose de risible – ce n’est pas le tabou mais le vide culturel, l’inculture qu’elle défend, c’est-à-dire l’ensemble de causes qui maintiennent cette société en stagnation.»

Malek Bennabi.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s